Onze librairies Furet du Nord et Decitre doivent fermer, jusqu'à 163 postes touchés information fournie par AFP 30/06/2026 à 16:17
Nouvel épisode de la crise des librairies : le groupe Nosoli, qui réunit les réseaux des enseignes Furet du Nord et Decitre, a annoncé mardi prévoir de fermer 11 de ses 27 magasins et de supprimer jusqu'à 163 postes.
Dans le détail, sept magasins Furet du Nord devraient fermer : deux dans la banlieue lilloise (Roubaix et Villeneuve-d'Ascq), trois en Ile-de-France (Aéroville à Roissy, Saint-Quentin-en-Yvelines et Plaisir), un dans le Pas-de-Calais (Béthune) et un à Reims.
Quatre magasins Decitre sont sacrifiés : un à Grenoble, un à Saint-Etienne et deux à Lyon - dont la librairie historique de l'enseigne, place Bellecour.
Mardi après-midi, les rideaux de fer de cette dernière étaient baissés, a constaté un journaliste de l'AFP. "Votre magasin sera exceptionnellement fermé ce mardi 30 juin. Nous rouvrirons nos portes le 1er juillet à 9h30", était-il indiqué sur la devanture.
Ces 11 librairies condamnées comptent 115 salariés. Mais des ajustements d'effectifs sont aussi envisagés dans d'autres magasins maintenus ainsi que dans les fonctions support, précise Nosoli dans son communiqué.
Le groupe, en redressement judiciaire depuis le 1er juin, a réalisé un chiffre d'affaires de 150 millions d'euros en 2025.
Le secteur des librairies est en souffrance actuellement en France, confronté notamment à la concurrence toujours plus exacerbée du e-commerce et au déclin de la lecture sur papier.
En avril, le tribunal des affaires économiques de Paris a ainsi placé en redressement judiciaire le groupe Gibert, premier libraire indépendant de France, qui souhaite se relancer dans le segment des livres d'occasion.
"Comme les moules-frites"
La librairie indépendante montpelliéraine Sauramps, une institution vieille de 80 ans et confrontée à de fortes difficultés financières, a également demandé mi-juin son placement en redressement judiciaire.
En 2024, 50 postes avaient déjà été supprimés au sein du groupe Nosoli: trois librairies Furet du Nord avaient fermé à Lille, Paris et Beauvais, ainsi que deux magasins Decitre, à Annemasse (Haute-Savoie) et Bezons (Val-d'Oise).
Fondé à Lille en 1921, le Furet du Nord a notamment été la première librairie française en libre-service, à partir de 1959.
Son vaisseau-amiral, situé sur la Grand'Place de Lille, a été un temps, dans les années 1990, la plus grande librairie du monde.
"Le Furet du Nord à Lille, c'est comme les moules-frites (...), ce sont des choses indissociables", a souri devant ses portes Pierre Scherer, employé de bureau à la SNCF âgé de 58 ans. Pour ce Lillois d'adoption, se déplacer en librairie permet "le choix coup de coeur, le choix de la curiosité".
"C'est un moment de détente pour moi, le Furet", assure Marion De Witte, 50 ans. Les fermetures de magasins, dont celui de Roubaix où elle réside, sont pour elle "un crève-coeur, la fin d'une institution, la fin peut-être d'une époque, même".
"Se donner un avenir"
Après s'être étendu dans sa région d'origine, puis en région parisienne, le Furet du Nord a racheté en 2019 Decitre, autre libraire centenaire d'origine lyonnaise, et l'ensemble a donné naissance en 2022 au groupe Nosoli.
Avec cette nouvelle restructuration drastique, Nosoli espère "restaurer rapidement sa compétitivité dans l'objectif d'assurer la pérennité de ses activités".
Le groupe, qui compte actuellement 600 salariés, dit vouloir mettre "tout en oeuvre pour privilégier les solutions permettant de préserver l'emploi, notamment à travers des reclassements".
Son projet de redressement vise à poursuivre la diversification de son offre dans le segment hors livre (jeux, papeterie, loisirs créatifs, produits cadeau), investir davantage dans le numérique et renforcer son activité auprès des professionnels (collectivités, universités, médiathèques, établissements scolaires, etc.).
Pour Franck Brunet, délégué CFDT du Furet du Nord, la situation actuelle du groupe est certes partiellement due à "la désaffection du livre (...), mais je pense qu'il y a eu des erreurs au-delà d'Amazon, au-delà du marché, qui sont plus lointaines".
Il cite notamment "le manque de trésorerie" et l'arrêt du programme de fidélité, "abandonné très violemment" par la précédente direction.
Le syndicaliste semblait mardi se résigner à l'ampleur de la restructuration annoncée: "Onze magasins qui ferment, ce n'est pas positif", mais c'est "certainement salutaire pour se donner un avenir".