"On voulait se sentir utile": à Lyon, des volontaires nettoient les rues saccagées
information fournie par AFP 18/10/2026 à 14:15

Le maire de Lyon, Grégory Doucet, s'adresse à la presse devant l'Office du tourisme incendié la veille lors d'une manifestation contre la vie chère, le 18 octobre 2026 ( AFP / Jeff PACHOUD )

"Ce matin j'avais une gueule de bois et je voulais me sentir utile": dimanche à Lyon, Clémentine, Laurence et Nadège devaient aller courir, mais après avoir vu les dégâts des pillages de la veille, elles sont venues aider à nettoyer les rues dévastées du centre-ville.

Gants latex bleu aux mains, portant des sacs poubelles, les trois amies, qui n'ont pas souhaité donner leur nom, ramassent avec d'autres volontaires les débris de verre qui jonchent le trottoir, au pied d'un magasin Sephora aux vitres détruites et entièrement dévalisé la veille par des pillards, dans le 2e arrondissement commerçant de la Presqu'île.

"On est des copines, on faisait du sport ce matin, on courait, on a eu Nadège qui nous a dit +on nous appelle à venir aider+, alors on a arrêté tout ce qu'on devait faire, on devait aller manger, aller au cinéma, on a tout laissé, et on est venu, parce que c'est normal en fait", explique Laurence 56 ans, enseignante.

"On est révolté par tout ce qui se passe, peu importe les revendications, on entend qu'il y a des revendications pertinentes, qui sont légitimes, mais il faut arrêter, on est tous dans le même bain, on va tous payer et la violence est en train de monter, il faut s'arrêter, il faut retrouver notre solidarité", ajoute-t-elle.

A côté d'elles, d'autres volontaires s'affairent, des jeunes, des adultes, des parents avec des ados.

Des sacs plastiques sont distribués, des gants en latex donnés pour ramasser là les restes noircis d'un feu de poubelles, ici de la terre d'un bac renversée au milieu de la chaussée.

Tous nettoient sous le regard de passants, venus nombreux dans les rues ce dimanche matin pour constater les dégâts, ébahis, téléphone en main.

"Violence gratuite"

"Moi j'ai fait descendre mon fils, je l'ai réveillé pour qu'il vienne aider, qu'il voie l'ampleur des dégâts. Hier (samedi) je n'ai pas voulu qu'il aille manifester parce qu'il n'a que 15 ans et avec tout ce qui se passait, je lui ai dit de rester à la maison", raconte Nadège, une infirmière de 47 ans.

Des pompiers devant les vitrines brisées d’un commerce, au lendemain d'une manifestation contre la vie chère à Lyon, le 18 octobre 2026 ( AFP / JEFF PACHOUD )

"On se lève tous les matins pour aller bosser, pour nourrir nos enfants, pour payer nos factures. Il y a un moment donné, il faut arrêter cette violence gratuite", s'emporte-t-elle.

"Le clivage droite-gauche on s'en fout, on est en France, on a un beau pays, il faut arrêter de le détruire comme ça", abonde Clémentine, 47 ans, libérale indépendante.

"Je me suis levée ce matin, j'avais une gueule de bois, j'étais abasourdie, j'avais pas de mots et je voulais me sentir utile", poursuit-elle.

"On a une ville magnifique qui accueille des millions de touristes. De voir cet office de tourisme partir en fumée, ça a été un crève-cœur. En fait on doit proposer autre chose, on doit proposer de la solidarité, de l'entraide, et montrer qu'on est capables de tous se tenir la main et d'avancer dans la même direction", dit-elle.

Une joggeuse passe devant des vitrines de commerces brisées et des panneaux tagués et endommages, au lendemain d'une manifestation contre la vie chère à Lyon, le 18 octobre 2026 ( AFP / JEFF PACHOUD )

Samedi après-midi à Lyon, outre de nombreux commerces pillés, une antenne de l'office de tourisme a été incendiée et détruite sur la place Bellecour où plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées dans le cadre du mouvement contre "la vie chère". Le préfecture a dénombré 20.000 manifestants.

Dimanche matin, le maire écologiste Grégory Doucet a jugé "abominable" le "chaos qui a régné dans la ville pendant plusieurs heures".