"On ne cherche pas un accord politique": sur les routes, le NPA en quête de parrainages
information fournie par AFP 09/10/2026 à 17:00

Selma Labib, candidate désignée par le NPA-Révolutionnaires, sillonne les routes à la recherche des 500 parrainages de maires pour la présidentielle ( AFP / MYCHELE DANIAU )

Dans sa voiture personnelle, Selma Labib, candidate désignée par le NPA-Révolutionnaires, sillonne les routes sur ses jours de congés à la recherche du précieux sésame: les 500 parrainages de maires et ainsi permettre au parti d'extrême gauche de continuer d'être présent à la présidentielle.

Depuis le scrutin de 2022, le NPA s'est séparé en deux partis: le NPA-Anticapitaliste et le NPA-Révolutionnaires.

Le premier, qui compte parmi ses rangs les anciens candidats à l'Elysée Philippe Poutou et Olivier Besancenot a choisi de soutenir La France insoumise pour 2027. Le second a choisi d'investir Selma Labib, 31 ans, conductrice de bus à Paris.

Et, contrairement à ses prédécesseurs médiatiques à la présidentielle, elle doit composer avec un cruel déficit de notoriété, elle qui a fait un score de 0,15% aux européennes 2024.

"C'est sûr que les maires que je rencontre ne se disent pas +purée, il y a Selma Labib qui arrive!+. C'est un handicap de partir avec une candidate pas connue", reconnaît-elle auprès de l'AFP.

Ne bénéficiant pas encore d'un aménagement de son temps de travail, elle se déplace sur son temps libre. L'essence passe en frais de campagne.

Lundi, accompagnée d'un militant, elle effectuait une "tournée de parrainages" dans l'Aisne à la recherche d'une denrée rare: des maires sans étiquette politique, qui dirigent souvent des villages, prêts à accorder leur parrainage à des "petits" candidats.

Dans ces zones rurales picardes, c'est le Rassemblement national qui est plébiscité aux élections.

Le terrain semble a priori peu propice pour un parti marxiste, très vocal sur les questions de lutte des classes, d'intersectionnalité ou de défense de la Palestine.

Mais Selma Labib a pour elle un discours antisystème, qui peut résonner avec certaines colères des élus locaux.

"Souvent ce qui ressort de mes rencontres avec les maires, c'est la critique de +l'assistanat+, le rejet de la classe politique et un sentiment d'abandon", explique-t-elle.

Le premier sujet n'est pas propice au discours trotskiste. Mais les deux seconds le sont plus.

"Il faut trouver un équilibre: on ne veut pas les braquer mais nos idées gagneraient à exister dans ces endroits-là", ajoute la chauffeuse de bus.

"Droit à la parole"

A Blanzy-lès-Fismes, commune d'une centaine d'âmes frontalière de la Marne, elle se rend dans l'exploitation du maire Aymeric Ferté, agriculteur de profession.

Ce dernier lui fait part de son exaspération sur plusieurs sujets: les normes administratives, la déconnexion des élites politiques parisiennes, ou les charges qui pèsent sur les petits patrons.

"Je ne vais pas vous dire que j'ai la solution demain pour le monde agricole. C'est pas vrai", lui répond la candidate d'extrême gauche.

"Il peut y avoir d'autres façons d'organiser la société", propose-t-elle plutôt, en expliquant la nécessité, selon elle, de sortir du "système capitaliste".

"En banlieue parisienne, on a les mêmes problèmes que dans le monde rural", tente d'appuyer cette habitante d'Ivry (Val-de-Marne), en citant le manque de médecins ou d'accès aux services publics.

Son interlocuteur a-t-il été convaincu? "Je compte donner mon parrainage et je ne parrainerai pas un gros candidat. J'ai été sollicité par plusieurs +petits+ candidats", lui dit le maire Aymeric Ferté qui veut recevoir "par principe" tous ceux qui lui ont demandé sa signature. "Rappelez-moi ou revenez me voir en novembre", conclut-il.

Retour dans sa voiture pour Selma Labib. Direction Marizy-Sainte-Geneviève, environ 130 habitants, à une cinquantaine de kilomètres.

A chaque rencontre avec un édile, le discours est bien rodé pour celle qui a déjà participé à des "tournées de parrainages" pour Philippe Poutou en 2022. "On ne demande pas un soutien politique mais un droit à la parole": lance-t-elle pour justifier sa démarche.

A Marizy-Sainte-Geneviève le maire, Nicolas Bahu, est un brin désabusé. "Vous êtes très courageuse de vous lancer dans un truc comme ça, mais je ne vois pas comment s'en sortir de cette situation", soupire-t-il.

"Je suis toujours dans l'indécision. Avant, j'étais un convaincu du parrainage. Aujourd'hui je ne crois plus à une forme de pouvoir quelconque", ajoute-t-il. "Au moins vous vous déplacez et vous faites le boulot", reconnaît-il cependant.

Rendez-vous est donné début décembre, pour faire un point.

La période de recueil des parrainages s'achève le 12 mars 2027, cinq semaines avant le premier tour.

A la fin de l'été, le NPA-R indiquait avoir reçu une centaine de promesses.