Nuñez en visite à Alger pour tenter de relancer le dialogue bilatéral
information fournie par AFP 16/02/2026 à 19:27

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez à Marseille, le 13 février 2026 ( POOL / Thibaud MORITZ )

Le ministre de l'Intérieur français Laurent Nuñez a entamé lundi une visite en Algérie pour tenter de renouer les liens bilatéraux sur les questions de sécurité, dans un contexte de grave crise diplomatique entre Paris et Alger.

Ce déplacement hautement sensible avait été annoncé à la suite de l'invitation il y a plusieurs mois du ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud, mais tardait à se concrétiser.

Après avoir été accueilli par son homologue à l'aéroport, M. Nuñez et sa délégation se sont rendus au ministère de l'Intérieur algérien pour des réunions de travail.

Selon des photos des entretiens, diffusées par les autorités algériennes, étaient présents aux côtés des ministres, des hauts responsables sécuritaires des deux pays dont la cheffe française de la DGSI (sécurité intérieure) Céline Berthon.

Cette visite de deux jours apparaît comme un premier signe de dégel bilatéral. Selon le ministre français, après une "phase de préparation à un niveau technique, on passe à la phase politique".

Si aucune rencontre avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune n'est programmée pour le moment, Laurent Nuñez n'a pas écarté cette éventualité lundi sur la radio France Inter: "Je verrai bien ce qu'il se passe sur place".

A Alger, le ministre compte discuter de "toutes les questions de sécurité": de la lutte contre le terrorisme à l'immigration illégale en passant par le trafic de drogue.

Le sujet des réadmissions, c'est-à-dire du retour dans leur pays des ressortissants algériens en situation irrégulière en France (OQTF), reste le plus épineux.

A ce jour, aucun ressortissant algérien sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) n'a été accepté par Alger, selon une source proche du dossier.

- "Signaux positifs" -

Début février, le ministre français avait affirmé attendre pour se rendre en Algérie une "amorce de réponse" d'Alger sur ce sujet, ainsi que sur le cas de Christophe Gleizes, le journaliste sportif français arrêté en mai 2024 en Kabylie et condamné en appel, début décembre, à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

S'il y a eu une "amorce" qui pourrait expliquer la concrétisation du déplacement, elle n'a pas été rendue publique.

La relation entre les deux pays s'est fortement dégradée depuis la reconnaissance à l'été 2024 par la France d'un plan sous "souveraineté marocaine" pour le Sahara occidental. Dans ce territoire au statut non défini selon l'ONU, un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par Alger.

La crise s'était aggravée avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal (grâcié un an plus tard par le président algérien) et après la mise en examen en avril 2025 d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement d'un influenceur algérien, Amir Boukors.

Cette affaire a conduit à l'expulsion réciproque de diplomates et agents consulaires.

D'après une source ayant connaissance du dossier, l'ambassadeur de France Stéphane Romatet, qui gère l'ambassade depuis Paris après avoir quitté le pays en avril 2025 à la demande du président Emmanuel Macron, ne fait pas partie de la délégation en visite en Algérie.

"Je trouve qu'il y a des signaux positifs qui se déclenchent des deux côtés", estimait récemment Sabrina Sebaihi, députée écologiste, auprès de l'AFP.

"D'un côté, on a le transfert de Christophe Gleizes à côté d'Alger, le président algérien qui dit +je reprends tous mes ressortissants+. De notre côté, le ministre de l'Intérieur dit +moi je vais y aller+. Peut-être qu'on est dans un moment de désescalade de la crise", a encore expliqué l'élue des Hauts-de-Seine, qui a rencontré à Alger le président de l'Assemblée nationale.

Le dernier déplacement d'un ministre de l'Intérieur en Algérie remontait à fin 2022 lors d'une visite de Gérald Darmanin.

Son successeur Bruno Retailleau avait cristallisé les crispations, tentant régulièrement d'aller au bras de fer, notamment autour de la libération de l'écrivain Boualem Sansal.

Selon des observateurs, une récente visite en Algérie de l'ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, reçue avec tous les honneurs, a permis de débloquer la situation.

Avec sa visite, Laurent Nuñez n'entend pas montrer les dents comme son prédécesseur, ni afficher des objectifs ambitieux, l'important étant, selon des sources diplomatiques, de renouer le dialogue, si ténu soit-il, au niveau sécuritaire.