Nouvelle-Calédonie: la réforme constitutionnelle à nouveau dans l'impasse information fournie par AFP 17/02/2026 à 14:36
L'opposition des socialistes à la réforme constitutionnelle sur le statut de la Nouvelle-Calédonie, confirmée mardi, complique grandement les chances d'une adoption du texte au Parlement dans les prochaines semaines, rendant toujours plus incertain l'avenir institutionnel de l'archipel en crise.
A peine examiné et déjà enterré ? Le projet de loi constitutionnelle du gouvernement sur la Nouvelle-Calédonie arrive mercredi en commission des Lois au Sénat avant son examen dans l'hémicycle le 24 février... Mais il a déjà du plomb dans l'aile.
Le texte, qui traduit l'accord de Bougival signé à l'été 2025 entre le gouvernement et les forces politiques locales, complété par un accord Elysée-Oudinot conclu en janvier, est critiqué par l'ensemble des oppositions.
"En l'état", il est "lourd de menaces et de dangers", ont affirmé dans une tribune au Monde les responsables du PS. "Il n'y a pas d'autre chemin vers la stabilité et la paix que celui de la reprise des négociations", insistent les signataires, dont le président des députés Boris Vallaud, celui des sénateurs Patrick Kanner et le premier secrétaire du parti, Olivier Faure.
Une prise de position décisive car le PS faisait office d'acteur-clé dans ces négociations politiques sensibles, près de deux ans après l'embrasement de l'île en réponse à un précédent projet de réforme.
Des émeutes meurtrières avaient fait 14 morts et plus de deux milliards d'euros de dégâts, aggravant les difficultés économiques et sociales de l'archipel.
- "Game over" -
Si l'adoption de la réforme constitutionnelle au Sénat semble largement envisageable, elle paraît hautement improbable sans les voix socialistes à l'Assemblée, qui doit à ce stade s'en saisir fin mars.
"Game over", a laconiquement résumé un responsable politique calédonien auprès de l'AFP.
Au Palais Bourbon, Insoumis et Ecologistes sont opposés au texte. Et côté Rassemblement national, un cadre interrogé mardi s'attend à ce qu'ils votent contre la version actuelle du texte.
Impossible dans ses conditions d'envisager une majorité ou l'approbation des 3/5e des parlementaires réunis en Congrès à Versailles, nécessaire pour modifier la Constitution.
Il n'y a pas de "calendrier réaliste pour avoir fait adopter cette réforme avant le mois de juin où devront se tenir des élections provinciales", a insisté mardi Arthur Delaporte, porte-parole du PS.
Il a appelé à ce que le texte ne soit examiné à l'Assemblée qu'après ces élections et de nouvelles négociations avec les acteurs calédoniens pour une réunion du Congrès "avant le début de l'automne ou au tout début de l'automne".
Plusieurs sources parlementaires avaient indiqué ces derniers jours que le gouvernement envisageait un Congrès dès mi-avril, calendrier qui semble désormais assez intenable.
La pression va donc s'intensifier sur la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, auditionnée mardi soir au Sénat, alors que de nombreux acteurs locaux et des parlementaires regrettent régulièrement son prédécesseur Manuel Valls, dont l'action avait été saluée.
- "Braises ardentes" -
L'accord de Bougival, complété depuis par celui de l'Elysée-Oudinot, prévoit la création d'un État calédonien inscrit dans la Constitution française, doté d'une nationalité propre et pouvant être reconnu internationalement.
Soutenues par la majorité des acteurs locaux, ces dispositions restent ultrasensibles en raison de l'opposition des indépendantistes du FLNKS.
Particulièrement crispante: la question des élections provinciales, cruciales sur l'archipel. Déjà reportées plusieurs fois, elles doivent se tenir avant fin juin si rien ne change.
Actuellement réservé aux personnes installées sur le Caillou avant 1998 et à leurs descendants, le droit de vote à ces élections sera élargi par la réforme, au grand dam des indépendantistes qui redoutent une dilution du vote kanak.
Ce "dégel" est soutenu par le camp non-indépendantiste, qui demande donc un report du scrutin le temps de mettre en place la réforme. Les indépendantistes, eux, militent pour sa tenue avant l'été avec un corps électoral inchangé... Une position désormais partagée par l'ensemble de la gauche à Paris.
"Pour sauver ce qui peut être sauvé de Bougival, il vaut mieux que les représentants soient légitimés par les urnes et reviennent à la table des négociations", explique à l'AFP la sénatrice Corinne Narassiguin.
"Est-ce qu'on peut légiférer sur des braises ardentes à l'heure actuelle en Nouvelle-Calédonie ? Il faut peut-être remettre l'ouvrage sur le métier pour essayer d'obtenir un apaisement", a estimé pour sa part Perrine Goulet, porte-parole du groupe MoDem.