Niger-Des soldats mutins attaquent l'aéroport de Niamey et le palais présidentiel information fournie par Reuters 29/08/2026 à 14:51
* Des tirs nourris à proximité du palais présidentiel - sources
* Les forces armées du Niger reprennent le contrôle des sites ciblés
* Le pays confronté à une insurrection de groupes djihadistes
(Actualisé avec précisions)
Des soldats mutins au Niger ont attaqué samedi dans la matinée l'aéroport et la présidence à Niamey, la capitale du pays, déclenchant une riposte des forces loyalistes, alors que des tirs nourris et des explosions ont été entendus, tandis que la télévision et la radio d'État ont été brièvement mises hors service.
En fin de matinée, le ministère de la Défense du Niger a déclaré que les forces armées reprenaient progressivement le contrôle des sites ciblés, mais des sources sécuritaires ont indiqué que des mutins étaient toujours présents à l'aéroport et que la situation générale restait floue.
La télévision et la radio d'État ont été mis hors service à 8 heures du matin, heure locale (8 heures GMT), avant de reprendre par la suite ses programmes.
La télévision d'État a notamment diffusé un message indiquant que des soldats mutins d'une base de Niamey avaient ouvert le feu sur des "sites sensibles" dans la ville.
Les forces de sécurité ont réagi rapidement et "maîtrisé les troubles", a-t-elle indiqué.
C'est la troisième fois depuis le début de l'année que Niamey - et plus précisément le complexe abritant l'aéroport international et une base aérienne militaire – enregistre d'importants troubles.
Un climat d'insécurité demeure au Niger depuis la prise du pouvoir par les militaires à la suite d'un coup d'Etat survenu en 2023 qui a porté le général Abdourahamane Tiani à la tête du pays. Ce dernier s'était engagé à améliorer la sécurité dans ce pays du Sahel, important producteur d'uranium, mais les attaques djihadistes persistent. En début d'année, des groupes affiliés à Al Qaïda et à l'Etat islamique ont ainsi mené des attaques contre l'aéroport civil et la base aérienne militaire attenante.
L'assaut de samedi a duré des heures et impliqué des soldats des localités d'Ouallam, de Tera et de Dosso, dans le sud-ouest du pays, ont déclaré à Reuters une source sécuritaire nigérienne, ainsi qu'Yvan Guichaoua, chercheur au Centre international d'études des conflits de Bonn.
Les troupes déployées dans cette zone ont subi de lourdes pertes lors des combats contre la branche régionale de l'Etat islamique.
UNE "ATTAQUE LÂCHE", DÉNONCE UN RESPONSABLE NIGÉRIEN
Une autre source sécuritaire avait dans un premier temps rapporté à Reuters que des "terroristes" avaient attaqué l'aéroport international Diori Hamani et tenté de pénétrer au-delà du périmètre de sécurité entourant le palais présidentiel.
Un journaliste de Reuters avait également rapporté avoir entendu des tirs nourris aux abords de la présidence aux premières heures de l'aube.
À 9h00 GMT, le palais présidentiel semblait avoir été sécurisé par les troupes loyalistes, mais la zone autour de l'aéroport était toujours contestée, ont indiqué deux sources sécuritaires et un diplomate.
Deux sources ont indiqué que des troupes loyalistes avaient été dépêchées pour reprendre le contrôle de l'aéroport, soit par la négociation, soit par la force.
Selon des analystes et des sources sécuritaires, la frustration envers le gouvernement monte au sein des unités de première ligne.
Bana Wagana Ibrahim, membre du Bureau du Niger au sein du Conseil consultatif et député au Parlement de l'Alliance des Etats du Sahel (AES), a déclaré sur Facebook que la Base 101, une importante installation militaire à Niamey, avait été prise pour cible, ajoutant que les forces de sécurité avait repris le contrôle.
"Une autre attaque lâche contre la base 101 et encore une fois nos forces de défense et de sécurité ont assuré(...) Situation sous contrôle", a-t-il écrit.
Reuters n'a pas été en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante.
Un porte-parole du gouvernement nigérien n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaires.
LE NIGER, PRODUCTEUR CLÉ D'URANIUM
Le Niger, pays d'Afrique de l'Ouest riche en minéraux et possédant d'importantes ressources en uranium, en pétrole et en or, est dirigé par des militaires depuis le coup d'État de juillet 2023 qui a renversé le président Mohamed Bazoum.
Comme ses voisins le Mali et le Burkina Faso, le Niger fait face à une insurrection armée de groupes djihadistes liés à Al Qaïda et l'Etat islamique et n'est jusqu'ici pas parvenu à inverser la tendance, malgré les promesses des dirigeants militaires d'améliorer la sécurité.
La branche ouest-africaine d'Al Qaïda a revendiqué l'attentat perpétré en juin contre l'aéroport de Niamey, cinq mois après que l'Etat islamique au Sahel a ciblé le même site.
Le gouvernement d'Abdourahamane Tiani a décidé de tourner le dos aux partenaires occidentaux traditionnels du Niger et d'approfondir ses liens avec la Russie. Il a également rompu ses liens avec le bloc régional de la CEDEAO pour rejoindre le Mali et le Burkina Faso afin de former un bloc dissident.
Ces troubles surviennent alors que les autorités nigériennes renforcent leur contrôle sur le secteur de l'uranium, après avoir saisi des actifs du groupe français Orano. Le Niger est un fournisseur clé de combustible nucléaire pour l'Europe, représentant environ 15% de l'approvisionnement en uranium d'Orano à pleine capacité.
La semaine dernière, le gouvernement a réattribué les anciens permis d'exploitation d'uranium d'Orano et de GoviEx à des entreprises soutenues par l'Etat, conformément à un décret.
(Rédaction du Niger et David Lewis, rédigé par Bate Felix, Robbie Corey-Boulet et Maxwell Akalaare Adombila; version française Camille Raynaud et Claude Chendjou)