Netanyahu amplifie ses menaces contre les réalisateurs du documentaire "NAZA" information fournie par Reuters 16/09/2026 à 23:58
Benjamin Netanyahu a promis mercredi de faire adopter une loi prévoyant la déchéance de nationalité de quiconque diffamerait les soldats israéliens, alors que le Premier ministre israélien a vivement critiqué les réalisateurs israéliens du documentaire "NAZA", qui atteste que les tueries de civils dans la bande de Gaza font partie des décisions de ciblage de Tsahal.
Réalisé par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, le documentaire "NAZA", qui a remporté samedi le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, s'appuie sur des témoignages anonymisés d'agents du renseignement et de soldats pour établir que les Gazaouis tués en masse par Tsahal ne sont en rien des victimes collatérales - le terme "NAZA" est le jargon employé par l'armée israélienne à leur propos - mais bien des cibles sciemment désignées.
Benjamin Netanyahu s'est offusqué, dénonçant le documentaire comme partie d'une campagne mondiale d'incitation à la haine contre les Juifs. Le Premier ministre israélien et Tsahal réfutent cibler délibérément des civils à Gaza.
"NAZA" a provoqué un tollé en Israël, où il a également alimenté les tensions politiques en amont des élections du 27 octobre prochain, pour lesquelles les sondages indiquent que la coalition ultranationaliste dirigée par Benjamin Netanyahu pourrait perdre.
Les réalisateurs du documentaire revendiquent qu'il est important que les Israéliens voient le film et se confrontent à son récit.
Israël a lancé une campagne militaire dans la bande de Gaza en représailles à l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023 lors de laquelle 1.200 personnes ont été tuées, selon les autorités israéliennes.
Plus de 73.000 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza depuis le début de l'offensive israélienne, d'après les autorités gazaouies, tandis que plus de 2 millions d'habitants de l'enclave palestinienne, complètement ravagée, ont été déplacés par les bombardements.
Au moins 1.300 Palestiniens ont été tués depuis l'annonce en octobre dernier d'un cessez-le-feu chapeauté par les Etats-Unis, alors que les frappes israéliennes ont continué quasi-quotidiennement à Gaza. Cinq soldats israéliens ont été tués dans l'enclave palestinienne depuis cette date. Le Hamas et Israël s'accusent mutuellement d'enfreindre le cessez-le-feu.
"LEUR PLACE N'EST PAS PARMI NOUS"
Une commission d'enquête indépendante de l'Onu a dénoncé dans un rapport publié en septembre 2025 un génocide à Gaza incité par les plus hauts responsables israéliens, dont Benjamin Netanyahu, lequel est visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité présumés.
Deux ONG israéliennes, B'Tselem et Physicians for Human Rights Israel (Médecins pour les droits humains), ont en juillet 2025 accusé pour la première fois Israël de commettre un génocide contre les Palestiniens dans la bande de Gaza. Des experts indépendants et des chercheurs ont déclaré que les critères juridiques d'un génocide étaient remplis.
L'Afrique du Sud, soutenue par la suite par plusieurs pays dont le Brésil, la Turquie et l'Espagne, a déposé en décembre 2023 devant la Cour pénale internationale (CPI) une plainte accusant Israël d'actes génocidaires à Gaza. Israël nie ces accusations et a dit exercer son droit à l'autodéfense.
Benjamin Netanyahu, qui a reproché mardi à certains de ses rivaux électoraux de ne pas afficher une position assez forte contre le documentaire "NAZA", a promis mercredi de faire adopter deux textes qu'il a présenté comme destinés à répondre aux "dégâts immenses" causés aux soldats israéliens.
"Le premier, pour révoquer la citoyenneté de quiconque diffame les soldats (israéliens)", a-t-il dit dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. "Et le second pour les frapper au portefeuille, en multipliant par 20 les dommages-intérêts qui peuvent être réclamés pour diffamation".
"Nous allons nous attaquer à leurs poches et à leur citoyenneté, parce que leur place n'est pas parmi nous", a ajouté le dirigeant israélien.
Aucun commentaire n'a pu être obtenu dans l'immédiat auprès des réalisateurs de "NAZA".
En 2022, la Cour suprême d'Israël a maintenu une loi permettant de déchoir de nationalité les Israéliens menant des actions considérées comme une atteinte à la confiance dans l'Etat.
(Lina Obeid et Rami Ayyub; rédigé par Jean Terzian)