Népal-Le lac de retenue a commencé à déborder, les opérations de secours reprennent information fournie par Reuters 28/08/2026 à 12:43
(Actualisé avec bilan, détails)
Le lac de retenue formé par une accumulation de débris issus des crues dévastatrices qui ont frappé mercredi la région himalayenne entre le Népal et le Tibet chinois a commencé à déborder, ont déclaré vendredi les autorités qui ont repris leurs opérations de secours après les avoir suspendues temporairement par précaution.
Un barrage naturel formé par un amas de roches, de glace, de boue et de débris drainés lors des crues provoquées par l'effondrement d'un glacier au Népal menaçait depuis la catastrophe de céder, et libérer d'importantes quantités d'eaux sur les zones sinistrées.
"Nous constatons que le niveau de l'eau dans la rivière monte", a déclaré Narendra Pariyar, haut responsable administratif du district népalais de Rasuwa. Un porte parole de l'armée népalaise a cependant dit à Reuters que la montée du niveau de l'eau n'était que d'environ 60 cm.
Le Népal et la Chine ont tous deux mis en garde jeudi contre de nouveaux risques d'inondations dans l'Himalaya, la retenue d'eau, estimée à 2,5 millions de mètres cubes, suscitant des inquiétudes pour les villages en aval.
Si le débordement du lac est pour le moment jugé "maîtrisable" selon la chaîne chinoise CCTV, le Népal a déclaré que des risques de nouvelles inondations persisteront jusqu'à ce qu'il soit vide. Un autre lac, qui n'a pas encore débordé, est également surveillé par les autorités népalaise.
Les autorités népalaises ont été contraintes de suspendre vendredi pendant près de trois heures leurs opérations de sauvetage après le début du débordement du lac de retenue, avant de progressivement les reprendre.
Un témoin de Reuters a dit avoir vu les habitants se précipiter vers les hauteurs alors que des annonces les avertissaient de rester à l'écart de la rivière, tandis que les forces de police se tenaient prêtes, équipées de cordes et de civières.
"Tout le monde s'est mis à crier 'courez', alors j'ai couru. La sirène de Bidur (ville) s'est également déclenchée. J'avais très peur", a déclaré Shanti Tamang, 40 ans, à Reuters.
Les secouristes ont également été invités à se rendre dans des lieux plus sûrs avec leur matériel.
Du côté chinois, l'ensemble du personnel et des véhicules de secours chinois s'est également replié temporairement pour se tenir prêt dans une zone sûre, a indiqué vendredi la chaîne publique chinoise CCTV.
Le bilan officiel des victimes de la catastrophe s'élève désormais à 547 morts au Népal et cinq en Chine, tandis que près de 1.000 personnes, dont 540 étrangers, sont portées disparues des deux côtés de la frontière. Plusieurs touristes ont pu être secourus vendredi.
Selon la Croix-Rouge, plus de 90.000 personnes sont impactées par la catastrophe dans la région. L'organisation a fait part de son inquiétude quand au débordement du lac.
La crue a ravagé des villages et des vallées, détruisant des centrales électriques, des routes et des ponts le long d'un itinéraire prisé des touristes et des pèlerins reliant Katmandou à Lhassa, au Tibet.
Des images saisissantes diffusées mercredi montraient d'énormes torrents d'eau boueuse et de débris balayant en quelques secondes les bâtiments situés dans la zone du poste-frontière et emportant les personnes qui tentaient de s'enfuir.
PÉKIN APPELLE À UNE COOPÉRATION INTERNATIONALE PLUS ÉTROITE
Le Népal a déclaré vendredi ne pas avoir besoin de l’aide d'autres pays pour les missions de recherche et de sauvetage, bien que celles-ci affluent de tous les continents.
"Ces offres d'aide sont tout à fait naturelles. Nos services de sécurité mènent les opérations de recherche et de sauvetage. Pour l'instant, nous n'avons pas besoin d'une telle aide", a déclaré Lok Bahadur Chhetri, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Le Kathmandu Post a rapporté que l'Inde, la Chine, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, la Corée du Sud, le Sri Lanka et le Bangladesh avaient demandé au gouvernement d'autoriser leurs équipes de recherche et de sauvetage à participer à l'opération.
À Pékin, le Bureau politique du Parti communiste chinois s'est réuni vendredi pour coordonner les opérations de sauvetage, ont rapporté les médias d'État.
Les opérations de sauvetage sont confrontées à des "défis extrêmement difficiles", a-t-il été précisé à l'issue de la réunion, et un renforcement de la surveillance des lacs glaciaires, des risques de glissements de terrain et des lacs de barrage a été requis.
Les autorités doivent "élaborer scientifiquement des plans de recherche et de sauvetage et tout mettre en œuvre pour retrouver les personnes disparues, qu'elles soient chinoises ou étrangères", a cité l'agence de presse officielle chinois Chine Nouvelle (Xinhua).
Il a également été convenu lors de la réunion qu'une coopération internationale plus étroite était nécessaire pour gérer la crise, et que l'aide devait être acheminée au Népal.
Les équipes de secours népalaises s'efforçaient de rechercher des survivants dans les zones les plus touchées et de larguer par hélicoptères des fournitures d’urgence à des milliers de personnes isolées.
Les corps des victimes emportés par la coulée de boue, repérés à l'aide de chiens de recherche, étaient évacués par les services d'urgence vers les plaines.
"Tous les nôtres ont disparu. Ils sont morts", a déclaré Dibga Tamang, rescapé jeudi à Rasuwa a été évacué par hélicoptère avec trois autres personnes vers un camp militaire à Nuwakot.
"Il ne reste plus personne qui m’attende. Tout et tout le monde a disparu. C’est la fin", a-t-il témoigné.
(Liz Lee, Qiaoyi Li, Gopal Sharma et Sahana Bajracharya et les bureaux de Reuters; version française Camille Raynaud et Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)