Négociations commerciales : la ministre de l'Agriculture accuse la grande distribution de "chantage mortifère", Michel-Édouard Leclerc contre-attaque
information fournie par Boursorama avec Media Services 16/02/2026 à 11:10

Traditionnellement, du 1er décembre au 1er mars, supermarchés et fournisseurs mènent des négociations, parfois brutales, qui déterminent in fine les prix des produits.

Annie Genevard à Paris, le 11 février 2026. ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

"À l'arrivée, ce sont les agriculteurs qui vont trinquer". La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, accuse, lundi 16 février, certaines enseignes de la grande distribution d'avoir des exigences excessives dans leurs négociations avec leurs fournisseurs de l'industrie agroalimentaire.

"Les exigences de la grande distribution, en termes de tarifs, sont incompatibles avec les demandes des industriels. Elle ne discute pas de leurs éventuelles hausses de prix, dans l'immense majorité des cas liées à des hausses de coûts, et elle veut imposer ses baisses de tarifs", observe-t-elle dans un entretien au Parisien .

"Or, si les négociations sont violentes, elles sont destructrices de valeur pour toute la chaîne, pour la rémunération des industriels, et donc pour le prix d'achat des produits agricoles . À l'arrivée, ce sont les agriculteurs qui vont trinquer", juge Annie Genevard.

"Certaines enseignes menacent de déréférencer certaines marques faute d'accord. J'estime que c'est un chantage mortifère pour l'agroalimentaire ", ajoute-t-elle. Le géant laitier Lactalis avait en janvier accusé la centrale d'achat européenne d'Intermarché , Auchan et Casino de retirer certains de ses produits des rayons pour obtenir des baisses de tarifs, selon une lettre consultée par l' AFP .

Contournement de la loi

"Les hausses sont (...) généralement justifiées et le contournement de la loi française via les centrales d'achat européennes n'est plus possible. Nous devons donc faire évoluer le droit européen , avec (le ministre des PME et du Commerce) Serge Papin. C'est ce sur quoi j'échangerai avec les commissaires européens" au salon de l'Agriculture (21 février-1er mars), indique Annie Genevard.

Invité de Public Sénat , le président du comité stratégique des centres E.Leclerc a estimé que ce n'étaient "pas les bons mots" pour décrire les négociations annuelles entre supermarchés et fournisseurs, débutées le 1er décembre et qui doivent se clore le 1er mars. La ministre "ne peut être que pour la corporation qu'elle défend" , a estimé Michel-Édouard Leclerc, interrogé sur ces propos d'Annie Genevard. Le monde agricole "a l'impression que, en aval, industriels et distributeurs empêchent d'augmenter les rémunérations", a-t-il ajouté.

Tout au long de son interview, Michel-Édouard Leclerc a renvoyé la responsabilité aux industriels : "c'est la matière première industrielle qui fait la différence"; "à la fin du mois (...) vous verrez (...) que des industriels se distribueront des dividendes"; "le grand reproche qu'on peut faire dans ces négociations-là, c'est qu' il n'y a pas vraiment de transparence de la part des grandes multinationales" de l'agro-industrie.

"Et derrière, il y a nous, distributeurs, et on a le consommateur qui dit 's'il vous plaît, n'augmentez pas trop' donc chacun est dans son rôle", a-t-il assuré.

Traditionnellement, du 1er décembre au 1er mars, supermarchés et fournisseurs mènent des négociations, parfois brutales, qui déterminent in fine les prix des produits (hors marques propres des distributeurs) en rayon.

En janvier, à mi-chemin des négociations commerciales entre la grande distribution et l'industrie agroalimentaire, gouvernement et parties prenantes avaient dressé un premier bilan mitigé, un mois et demi après la signature d'une charte censée apaiser les discussions et différencier les PME.

Le cabinet du ministère avait alors évoqué comme un "point d'accroche" les centrales d'achat européennes, décrites "comme un moyen de contourner" la législation française.