Municipales: à Poitiers, la gauche désunie en terrain conquis information fournie par AFP 25/02/2026 à 08:56
A Poitiers, la maire écologiste se représente sans ses alliés communistes, associés cette fois-ci aux Insoumis, et face au PS, dans l'opposition depuis sa défaite en 2020: la gauche part désunie aux municipales dans ce fief qu'elle tient depuis un demi-siècle.
Il y a six ans, portée par la vague verte, Léonore Moncond'huy avait emporté une triangulaire face au sortant Alain Claeys (2008-2020), successeur d'un autre socialiste Jacques Santrot (1977-2008), et au candidat macroniste Anthony Brottier, en lice aujourd'hui sans étiquette et classé au centre gauche.
La droite n'avait même pas atteint le second tour, à l'image de ses scores aux scrutins nationaux. À la présidentielle de 2022, Valérie Pécresse n'avait recueilli que 4% des voix dans cette ville de 90.000 habitants - guère plus propice au Rassemblement national: Marine Le Pen y avait alors obtenu 11,56% des suffrages.
Pendant son mandat, Léonore Moncond'huy a ferraillé au tribunal administratif avec la préfecture, notamment pour une subvention à une association prônant la désobéissance civile, et a été l'instigatrice d'un amendement pour maintenir l'indemnité des élus en congé maternité, après avoir vu ses revenus sérieusement réduits lors du sien en 2024.
- Cicatrices pas refermées -
Elle revendique aussi sa politique de végétalisation (cours d'école, plantations d'arbres), une gouvernance plus proche des habitants, un dispositif Vacances pour tous et d'importants projets de construction et réhabilitation (centre socioculturel rénové, nouveau pôle d'animation, caserne de pompiers transformée en tiers-lieu...).
Pour être réélue, elle rappelle avoir ouvert "dès septembre 2024" des discussions "avec toutes les forces de gauche" mais certaines plaies restent ouvertes. "Pour le PS de Poitiers, il semble encore prématuré, après le changement de municipalité de 2020, d'envisager une dynamique municipale commune", estime l'élue écologiste.
"EELV a fait le choix il y a six ans de présenter une candidature face au maire socialiste sortant, considérant que leur projet pour Poitiers était différent. Six ans après, je confirme que le projet était différent", répond le candidat PS François Blanchard, qui veut "redonner de l'attractivité" et dénonce la fermeture de services publics (crèche familiale et résidence autonomie).
Le PCF, lui, a refusé la proposition des écologistes "au vu des conditions" et préféré s'allier aux Insoumis au sein de "Poitiers en commun". Léonore Moncond'huy reconnaît "des convergences programmatiques évidentes" avec ces derniers mais juge que les "cultures démocratiques" de chacun "divergeaient trop pour forcer un accord qui aurait été fragile".
- Transports et sécurité -
Les désaccords programmatiques restent limités à gauche, notamment sur l'un des principaux sujets de campagne: les transports.
Tous les candidats parlent d'étendre la gratuité, mise en place le samedi depuis deux ans, mais diffèrent sur les modalités. LFI, qui prônait la gratuité totale des bus comme la candidate investie par Renaissance Lucile Parnaudeau, a adouci sa position depuis son alliance avec les communistes.
Pour l'autre sujet majeur, la sécurité, le débat porte sur l'armement de la police municipale, qui avait fait grève en ce sens en décembre 2024, un mois après la mort d'un adolescent abattu par un homme connu pour trafic de stupéfiants, qui avait également blessé quatre mineurs.
La majorité sortante y est opposée, comme la liste Poitiers en Commun, quand Anthony Brottier souhaite doter les agents d'armes létales. François Blanchard propose, lui, de leur fournir des "armes dites intermédiaires, de type pistolets à impulsion électrique ou LBD".
Le socialiste et l'ancien macroniste, alliés dans l'opposition municipale, "sont d'accord sur l'essentiel", souligne l'ancien maire Alain Claeys, qui "aspire toujours à l'union entre François Blanchard et Anthony Brottier" car "c'est la condition pour gagner".
"Je ferai tout pour que ce rassemblement ait lieu au second tour", a-t-il ajouté lundi dans la Nouvelle République Centre Presse.
Bertrand Geay, chef de file de "Poitiers en commun", ouvre déjà la porte, lui, à un rassemblement avec les écologistes, en soulignant que "pour le second tour, de bonnes relations existent" entre les deux listes.