Municipales à Paris: le défi de faire entendre la voix des sans-abri
information fournie par AFP 19/01/2026 à 09:54

Un sans-abri dort dans un sac de couchage à côté de la terrasse d'un café à Paris, le 15 octobre 2025 ( AFP / JOEL SAGET )

À deux mois des municipales, les sans-abri réunis sur le campement de la Bastille, au centre de Paris, restent à l'écart de la campagne électorale, plus préoccupés par l'urgence de leur propre situation.

"La grande majorité ne s'y intéresse pas, on cherche surtout à se mettre au chaud et à manger", relate à l'AFP Francis, à la rue depuis trois ans.

Parmi les sans-abri de nationalité française - en minorité dans le campement - il est l'un des rares à vouloir voter. Une manière pour lui de garder contact avec la société.

"Mais les gars, c'est ancré dans leur tête qu'ils ont été lâchés, alors pourquoi ils s'intéresseraient à ceux qui sont élus", interroge l'homme de 52 ans, qui a passé les neuf derniers mois sur le campement.

Au sortir d'un plan grand froid en Ile-de-France, le logement et la prise en charge des personnes SDF se sont pourtant imposés comme l'un des sujets incontournables des municipales parisiennes.

Début janvier, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire a affirmé que, s'il est élu, il s'engagera à ce que "plus aucun enfant [ne] dorme à la rue dès l'hiver 2026".

La candidate LR et maire du VIIe arrondissement Rachida Dati a de son côté multiplié les vidéos dans des "campements sauvages", provoquant l'ire de certains sans-abri. Trois personnes du campement de Bastille, filmées contre leur gré, se sont plaintes à la ville de Paris d'une manipulation, réclamant que les images soient supprimées.

- "Première victoire" -

"Que le sans-abrisme devienne un des principaux sujets de campagne et médiatique est déjà une première victoire. Ce n'était pas du tout le cas aux dernières municipales", constate Paul Alauzy, coordinateur à Médecins du monde et porte-parole du collectif Le Revers.

Ces dernières années, les mineurs non accompagnés et leurs soutiens ont occupé plusieurs bâtiments de la ville de Paris, cela a "vraiment marqué les élus", relève-t-il.

Une tente d'un sans-abri dans une rue de Paris, le 25 novembre 2025 ( AFP / JOEL SAGET )

Mais, selon lui, le sujet s'impose aussi avec la dégradation de la situation. Entre 2022 et 2025, le nombre de personnes à la rue recensées par la Nuit de la solidarité est passé de 2.600 à plus de 3.500 dans la capitale. Malgré une hausse des hébergements d'urgence, les campements se sont multipliés.

En réaction, le collectif Le Revers, qui regroupe une trentaine d'associations et s'est fait connaître en documentant le nettoyage social durant les JO, a proposé aux candidats un plan en douze points.

Budgété à 110 millions d'euros, 1% du budget de la ville de Paris, il prévoit d'ouvrir "des milliers de places d'hébergement, un centre de premier accueil pour les personnes exilées, des nouveaux centres de santé".

Avec un argument : s'occuper d'une personne qui dort à la rue coûte deux fois plus cher à l'État que de la prendre en charge de manière pérenne.

La candidate LFI Sophia Chikirou s'est engagée à reprendre ce plan si elle était élue.

- Audition des candidats -

Reste que les sans-abris ne peuvent pas toujours voter, faute d'avoir une adresse ou des papiers français.

Un sans-abri dort sur un matelas dans une rue de Paris, le 1er décembre 2025 ( AFP / JOEL SAGET )

Pour faire entendre leurs voix, les oubliés de la République, le Centre d'action sociale protestant et ATD Quart monde ont organisé début décembre une audition publique.

Treize personnes aux parcours de vie difficiles ont témoigné et questionné les six candidats déclarés pour Paris - seule Rachida Dati n'était pas présente en personne.

"Notre objectif n'est jamais de leur dire quoi penser, mais de les former sur les compétences des communes ou sur la transmission de leur vécu", explique Arnaud Merle, coordinateur des Oubliés.

L'association, qui travaille avec des volontaires en situation d'exclusion, a prévu d'accompagner des groupes d'écriture dans plusieurs villes de France pour transmettre leurs revendications aux candidats.

"Le vote, ça vient avec le temps et les rencontres", résume Elina Dumont, 58 ans, présidente des Oubliés. Pupille de l'Etat, elle a été SDF pendant plus de 15 ans, à sa sortie des foyers.

Elle se souvient encore de son premier vote, accompagnée par l'écrivaine Marie Desplechin: "je ne savais même pas comment voter, ni même qu'on pouvait entrer dans des écoles" pour le faire.

Aujourd'hui, elle est devenue une figure de la lutte contre le sans-abrisme et porte leur voix auprès des responsables politiques.