Municipales à Paris: à gauche, Emmanuel Grégoire en quête de visibilité information fournie par AFP 23/01/2026 à 11:03
A moins de deux mois des municipales, le candidat de la gauche à la mairie de Paris Emmanuel Grégoire cherche à booster une campagne encore peu visible qui l'oblige à marcher sur un fil, entre l'héritage revendiqué d'Anne Hidalgo et sa volonté d'incarner une "nouvelle histoire".
L'accord historique de premier tour arraché en décembre entre socialistes, écologistes et communistes a placé le chef de file de la gauche non-mélenchoniste en tête dans les sondages au premier tour du scrutin des 15 et 22 mars, devant sa rivale de droite Rachida Dati, avant un second round au coude-à-coude.
"Etre en tête au premier tour, même de peu, était la raison principale de l'union", souligne une source chez les Ecologistes. "Sinon, trois listes auraient été en concurrence à gauche. Désormais il n'y a qu'un match, Grégoire face à Dati".
"Nous avons une dynamique positive, notre responsabilité de campagne c'est de l'amplifier", disait la semaine dernière le chef de file de la gauche, au sortir de son premier meeting.
- Dynamique "encore faiblarde" -
Une dynamique néanmoins "encore faiblarde", juge le directeur général de l'Ifop Frédéric Dabi.
"La campagne peine à prendre faute de visibilité, y compris sur le projet", estime pour sa part Anne-France Taiclet, enseignante chercheuse en sciences politiques à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
En face, analyse-t-elle, la dynamique de Rachida Dati "n'est pas non plus vertigineuse" mais la candidate de la droite et du MoDem "a commencé assez fort, avec sa capacité à faire des coups et produire rapidement des effets d'opinion", grâce à ses vidéos virales comme la montrant accrochée à un camion poubelle.
En terme de visibilité, la ministre de la Culture et maire du 7e arrondissement, déjà candidate en 2020, "joue hors catégorie", constate Bernard Sananès, le président d'Elabe. Selon un récent sondage de l'institut, 89% des inscrits sur les listes électorales connaissent Rachida Dati contre seulement 45% pour Emmanuel Grégoire, derrière Sarah Knafo (Reconquête) et Sophia Chikirou (LFI).
- "Un vrai bosseur" -
Le prétendant à l'Hôtel de ville a progressé en six mois (+18 points), mais cherche à gagner encore en notoriété. Un facteur rendu déterminant avec la réforme du mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille qui permet de voter directement pour la tête de liste centrale sans passer par les maires d'arrondissements.
Il y a deux semaines, le député de 48 ans s'est affiché avec Bertrand Delanoë sur un marché, où l'ancien édile socialiste a été souvent mieux reconnu. "Grégoire est trop discret", regrettait Séverine Matheus, une militante venue tracter.
"Sur le terrain, on ressent un manque de notoriété mais il passe bien. Et puis en 2001 les Parisiens ne connaissaient pas tant que ça Delanoë", selon Franck Guillory, secrétaire de la section socialiste de Paris Centre.
"C'est pas un bateleur mais il est à l'aise et accessible. Après son meeting par exemple, il est rentré en métro. Et c'est un vrai bosseur", confie un militant écologiste.
"Grégoire a l'avantage d'être peu clivant" par rapport à Rachida Dati, ajoute Bernard Sananès.
Sur le projet, l'ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo pendant six ans doit jouer les équilibristes: il revendique un héritage dont il est "fier", lui qui a négocié le PLU bioclimatique dessinant l'avenir de Paris à l'horizon 2040, tout en proposant une "nouvelle histoire" après un quart de siècle de règne à gauche.
Malgré son froid avec la maire sortante et sa volonté de gouverner différemment, le prétendant à l'Hôtel de ville a du mal à incarner le renouvellement, ses principaux partenaires, l'écologiste David Belliard et le communiste Ian Brossat, ayant eux aussi été adjoints.
Et il est comptable d'un bilan sévèrement critiqué par le camp adverse, sur les finances de ville, la propreté ou les affaires de violences sexuelles dans le périscolaire dont il dit "prendre sa part de responsabilité".
"La campagne est encore embryonnaire et sa visibilité peut s'améliorer car la gauche sait faire sur le terrain. Mais à un moment, il va falloir qu'il la complète avec ses propositions. Qu'est-ce qu'il garde d'Hidalgo ? Les choses ne pas encore dites encore", selon la professeure Taiclet.