Municipales: à Bordeaux, le duel Cazenave-Hurmic suspendu à plusieurs inconnues information fournie par AFP 11/02/2026 à 13:47
Derrière le duel annoncé entre le maire écologiste Pierre Hurmic et le député macroniste Thomas Cazenave, d'autres candidats compliquent l'équation des municipales à Bordeaux, de l'opposition de gauche au Rassemblement national en passant par "l'ovni" Philippe Dessertine.
Triangulaire, quadrangulaire, voire quinquangulaire... D'après le seul sondage publié, réalisé par OpinionWay courant novembre, le second tour du scrutin ne devrait pas opposer que les deux têtes d'affiche.
Pour le premier, cette étude donnait l'avantage à Pierre Hurmic - élu en 2020 après 73 ans de règne de la droite alliée au centre - sur Thomas Cazenave, tout en créditant Nordine Raymond (LFI), Julie Rechagneux (RN) et Philippe Dessertine (sans étiquette) de scores qualificatifs.
"Les jeux sont ouverts", estime Ludovic Renard, enseignant à Sciences Po Bordeaux, évoquant aussi les résultats des dernières élections dans la ville.
Aux européennes, LFI et RN avaient devancé les écologistes et le politologue ne juge "pas aberrant de penser" que leurs candidats "seront en position de se maintenir" au soir du 15 mars, malgré la concurrence de Philippe Poutou (NPA) et Virginie Bonthoux Tournay (Reconquête!).
Crédité de 12% des intentions de vote au premier tour par le sondage automnal, l'universitaire Philippe Dessertine pourrait compléter le casting du 22 mars.
- "Celui qui dérange" -
Ce docteur en gestion qui enseigne à Paris, habitué des plateaux télévisés, mène une liste "citoyenne" qui séduit, selon lui. "Je prends aux deux", Cazenave et Hurmic, affirme-t-il. Vague ou bulle électorale ? "Nous, on sent que ça vibre".
Son "optimisme", slogan de campagne qui le fait claironner depuis des mois qu'il sera le prochain maire, fort d'une "vision" qu'il dit unique pour la ville et d'un programme "extraordinaire" - qui en recoupe d'autres, en matière de sécurité notamment -, détonne, voire déconcerte.
"Je suis un Ovni par rapport au monde politique actuel, ce qui déstabilise mes concurrents", assume celui dont l'épouse était dans l'équipe de l'ancien maire Alain Juppé. "Je suis celui qui dérange tout le monde."
Certains plus que d'autres: le camp Cazenave surveille Dessertine de près, sur les réseaux sociaux comme sur le terrain, où la greffe du candidat macroniste n'a pas pris sur toute la droite bordelaise malgré le ralliement des appareils.
En face, Pierre Hurmic a tout intérêt à ménager cet adversaire-trublion, jugé "plus sérieux et plus sincère" que son rival de Renaissance - quand bien même les deux se rejoignent dans leur critique du sortant, accusé d'avoir rendu la ville plus sale et plus dangereuse, entre autres décrépitudes.
Reste que "Dessertine, c'est à double détente", souligne Ludovic Renard: "Il peut enquiquiner Cazenave au premier tour mais sauf à être au coude-à-coude avec lui, on peut penser qu'il jouera le jeu d'un accord au second, même s'il affirme le contraire."
- "Vraie compétition" -
De quoi contraindre le maire sortant à une alliance pour l'emporter ? Pour l'heure, il a reconduit ses partenaires de 2020 (PS, PCF, Génération.s, Nouvelle Donne), en ajoutant Place publique au détriment des Radicaux de gauche.
LFI avait proposé de faire liste commune au premier tour, en vain. "Ma position est connue, constante, pour moi, ils se situent clairement dans l'opposition à la politique que nous avons menée", justifie Pierre Hurmic.
Sans insulter l'avenir: "Je ne réponds à aucune question sur le second tour car je ne connais pas encore mes adversaires et je crois qu'ils seront nombreux, il y a une vraie compétition".
Nordine Raymond, candidat du parti mélenchoniste, ambitionne de son côté "d'être devant" au soir du 15 mars, pour "retendre la main sur la base de notre programme".
"Ils veulent gauchiser Hurmic mais on ne le gauchisera pas, il est trop droitier", balaie Philippe Poutou qui exclut, lui, toute fusion. Sa liste, alors soutenue par LFI, avait obtenu trois sièges il y a six ans.
Cela n'avait pas empêché l'écologiste de battre le dauphin d'Alain Juppé... "par accident", sur fond de Covid et d'abstention, allèguent ses détracteurs, revanchards. Des observateurs de la politique bordelaise y ont plutôt vu la traduction, dans les urnes, des évolutions sociologiques d'une ville qui, hors municipales, ne votait déjà plus à droite depuis longtemps.