Moscou envoie en Ukraine les restes d'un grand prince pour galvaniser ses troupes information fournie par Reuters 10/09/2026 à 16:44
par Andrew Osborn
Un fragment d'os de la main droite du grand prince de Moscou Dimitri Donskoï, vénéré par les nationalistes russes pour sa victoire contre les Mongols en 1380, a été envoyé sur le front en Ukraine pour galvaniser le moral des troupes, a déclaré l'Eglise orthodoxe, fidèle alliée du président Vladimir Poutine.
"C'est avec cette même main droite que le grand prince brandissait son épée sur le champ de bataille de Koulikovo", a souligné le patriarcat de Moscou dans un communiqué, en référence à la défaite infligée par Dimitri Ier à la Horde blanche mongole sur les bords du Don en septembre 1380.
Le morceau de squelette a été envoyé dans le Donetsk, l'un des quatre oblasts (régions) ukrainiens que la Russie occupe totalement ou partiellement depuis son invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022 et dont elle revendique la souveraineté.
La relique, qui voyage dans un petit coffret sous une paroi de verre, sera exposée aux unités de combat russes le long des plus de 1.000 km de ligne de front, a déclaré l'Eglise.
Le sarcophage renfermant les restes de celui que le clergé orthodoxe russe a érigé au rang de saint en 1988, 599 ans après sa mort en 1389, a été retrouvé cet été durant des travaux de rénovation dans la Cathédrale de l'Archange-Saint-Michel, située dans l'enceinte du Kremlin.
Cette découverte, "absolument unique et merveilleuse" selon les termes de Vladimir Poutine, fait depuis lors l'objet d'une campagne de communication intensive alimentée de concert par l'armée et l'Eglise.
"NOS MILITAIRES ONT BESOIN DE l'AIDE DE DIEU"
Les reliques du grand prince ont été transportées ce week-end à travers les rues de Moscou lors d'une vaste procession orthodoxe.
Mardi, lors d'une cérémonie à Donetsk, Sergueï Kiriyenko, directeur adjoint de l'administration présidentielle et proche conseiller de Vladimir Poutine, s'est joint à des commandants militaires et au gouverneur prorusse de la région pour embrasser le fragment d'os.
"Nos militaires et les habitants du Donbass ont besoin de soutien divin, de l'aide de Dieu et de la bénédiction de nos saints", a expliqué le métropolite Vladimir de Donetsk et Marioupol, haut dignitaire religieux nommé par Moscou.
Plusieurs officiers ont présenté la dépouille de Dmitri Donskoï comme la preuve que Dieu est du côté de la Russie.
Mercredi, le ministère de la Défense a diffusé des images de soldats déployés dans la région de Sverdlovsk brandissant icônes et drapeaux orthodoxes lors d'un office religieux.
Certains s'interrogent toutefois sur les raisons pour lesquelles les restes de Dimitri Ier, dont l'emplacement était connu depuis des décennies, n'ont été retrouvés qu'aujourd'hui, 38 ans après sa glorification.
"Après cinq ans de guerre, les dignitaires de l'Eglise à Moscou ont commencé à se demander ce qu'ils pouvaient faire de plus pour afficher leur soutien à l''opération militaire spéciale'," ironise Alexander Zanemonets, prêtre orthodoxe et historien exilé, dans une note pour le Carnegie Russia Eurasia Center.
"L'Etat avait déjà envoyé des prêtres au front, instauré des prières obligatoires pour la victoire russe dans chaque église et fait voler des icônes au-dessus des villes. Un Etat en guerre tente de contraindre toutes les institutions, y compris religieuses, à y participer."
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Sophie Louet)