Mort d'Élisa Pilarski: sursis pour son compagnon, euthanasie pour le chien Curtis
information fournie par AFP 11/06/2026 à 17:40

Christophe Ellul, compagnon d'Elisa Pilarski, décédée en 2019 des suites de morsures canines, quitte le tribunal de Soissons le 3 mars 2026 ( AFP / Francois LO PRESTI )

Christophe Ellul a été condamné jeudi à quatre ans de prison avec sursis pour homicide involontaire après la mort de sa compagne Élisa Pilarski, tuée en 2019 par son pitbull Curtis, dont la justice a décidé l'euthanasie.

Devant une salle comble du tribunal correctionnel de Soissons (Aisne), la présidente a rappelé que l'enquête met hors de cause les chiens d'une meute de chasse à courre présente le même après-midi dans la forêt où les faits se sont produits.

En revanche, Curtis, "issu de chiens de combat" et entraîné au mordant par Christophe Ellul, était "capable de causer seul par morsures le décès d’Élisa Pilarski". L'empreinte génétique de la victime a été relevée sur sa babine supérieure, a souligné la présidente.

La cour a demandé l'euthanasie de Curtis, soulignant que ce pitbull, enfermé depuis les faits dans un chenil, est "hors de contrôle", ayant "mordu son propre maître" et une bénévole.

"Le confier à une association reviendrait à nier ce qu'il a été capable de faire et ce qu'il pourrait encore faire: tuer", a martelé la présidente.

M. Ellul a entraîné Curtis "depuis son plus jeune âge", ce qui "a eu pour conséquence un chien conditionné à l'attaque qui ne connaît pas d'autre signal d'arrêt que la force", a encore souligné le tribunal.

La cour a ainsi suivi les réquisitions faites par le parquet lors du procès en mars.

Le 16 novembre 2019, Christophe Ellul avait découvert le corps de sa compagne de 29 ans, présentant une cinquantaine de graves morsures canines, dans une forêt au sud-ouest de Soissons.

Élisa Pilarski était allée s'y promener seule avec Curtis, un American Pitbull Terrier. Quelques minutes avant sa mort, elle avait appelé à l'aide son compagnon.

Christophe Ellul a d'abord mis en cause des chiens de chasse à courre, présents selon lui autour du corps de la victime à son arrivée.

Une version écartée par l'instruction et les diverses analyses, notamment ADN, toutes convergeant vers son propre chien.

"Curtis est le seul responsable de la mort d’Élisa Pilarski", a martelé l'avocat de la société de chasse à courre Me Guillaume Demarcq devant le tribunal, rappelant "les menaces" subies depuis le drame par les veneurs, "accusés à tort".

Pétitions pour Curtis

Le tribunal a requalifié les faits en homicide involontaire simple, écartant trois circonstances aggravantes: l'importation illégale de Curtis, un type de dressage "au mordant" qui n'est pas autorisé en France, ainsi que l'absence de précaution de M. Ellul.

Le sort de Curtis a suscité de vives réactions depuis que le parquet a demandé son euthanasie en mars, avec plusieurs pétitions réclamant sa "grâce" totalisant cette semaine plus de 100.000 signatures ( AFP / MICHAL CIZEK )

Celui-ci n'avait pas interdit à sa compagne, femme fluette de 1,52 m pour 56 kg et enceinte de six mois, de promener seule le molosse d'une vingtaine de kilos.

Le tribunal a toutefois rappelé que M. Ellul était un homme "meurtri" éprouvant une "grande culpabilité depuis les faits".

Son avocat, Me Alexandre Novion a salué à l'issue de l'audience "une décision vis-à-vis de Christophe Ellul qui n'est pas dénuée de compassion".

Il a néanmoins rappelé que son client n'avait jamais voulu faire de Curtis "un attaquant" et qu'il avait perdu "sa qualité de victime" lors du procès, se laissant la possibilité d'interjeter appel.

Les membres de la famille de la victime, absents lors du délibéré, sont selon leur avocat Me Xavier Terquem "soulagés" que "la responsabilité de Christophe Ellul ait été engagée".

Le sort de Curtis a suscité de vives réactions depuis que le parquet a demandé son euthanasie en mars, avec plusieurs pétitions réclamant sa "grâce" totalisant cette semaine plus de 100.000 signatures.

Aujourd'hui âgé de huit ans et demi, Curtis vit dans un chenil de Haute-Garonne, où il est placé à l'isolement en raison de sa dangerosité.

Partie civile au procès, l'association de protection animale Les amis de Sam s'était proposée pour l'accueillir, estimant qu'il pourrait être rééduqué et cesser d'être dangereux. L'association AVA - Agir pour la vie animale a fait une proposition similaire.

Quelques manifestants s'étaient rassemblés jeudi devant le tribunal de Soissons en soutien au pitbull, dont une quinquagénaire, Marilyse, arborant une pancarte de fortune "libérez Curtis!".