Minorité yazidie: procès requis à Paris contre une "revenante" de Syrie, accusée de complicité de génocide
information fournie par AFP 20/01/2026 à 11:36

Un procès a été requis à Paris pour complicité de génocide contre Lolita Cacitti, une "revenante" française soupçonnée d'avoir facilité l'asservissement d'une enfant yazidie en 2017 en Syrie ( AFP / LOIC VENANCE )

Un procès a été requis à Paris pour complicité de génocide contre Lolita Cacitti, une "revenante" française soupçonnée d'avoir facilité l'asservissement d'une enfant yazidie en 2017 en Syrie. Ce qu'elle conteste, assurant l'avoir traitée "comme sa propre fille".

Ces réquisitions, rendues lundi et confirmées mardi à l'AFP par le parquet antiterroriste, circonscrivent notamment le rôle de Lolita Cacitti à celui de complice, alors qu'elle avait été mise en examen en juin 2024 comme autrice de génocide.

C'est la deuxième Française à être menacée d'un procès pour son implication supposée dans le génocide des Yazidis, minorité ethnoreligieuse kurdophone, commis par le groupe Etat islamique (EI).

Avant elle, Sonia Mejri, 36 ans, originaire de Grenoble et ancienne compagne d'un dirigeant de l'EI, a été renvoyée pour génocide devant la cour d'assises de Paris spécialement composée en matière terroriste pour un procès prévu au premier semestre 2027.

Lolita Cacitti, née dans le Calvados en 1989, avait quitté la France en août 2014, avec ses deux garçons. Elle s'est ensuite mariée à Raqqa en Syrie, avec Lakhdar Sebouai, membre de la filière strasbourgeoise ayant rejoint les rangs de l'EI, avec qui elle a eu deux autres enfants.

Comme dans de nombreux dossiers de "revenantes", le Parquet national antiterroriste (Pnat) a demandé son renvoi devant la cour d'assises spéciale pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Il lui reproche, entre autres, son départ volontaire, son mariage religieux avec un "combattant notoire de l'Etat islamique", son apprentissage du maniement de la kalachnikov et de la ceinture explosive, sa gestion de "maison des femmes" ou encore son maintien sur zone après la chute de l'Etat islamique dans un élan de "soutien inconditionnel à l'idéologie et à la stratégie militaire", d'après ses réquisitions dont l'AFP a eu connaissance.

Il requiert aussi un procès pour manquements aux obligations parentales et pour soustraction de mineurs.

- "Impuissance totale" de l'enfant -

Moins classiquement, le Pnat impute à Lolita Cacitti, rentrée en France en août 2021, un rôle dans le génocide et dans les crimes contre l'humanité perpétrés contre les Yazidis. Il l'accuse d'avoir sciemment aidé le projet génocidaire en hébergeant, pendant un mois minimum en 2017, une esclave âgée de huit ans et de l'avoir ensuite remise à son "propriétaire" saoudien et membre de l'EI.

Pour l'enfant, "cette situation d'asservissement impliquait nécessairement la conscience profonde de vivre" dans un lieu dangereux, où elle risquait sa vie, "exacerbant le sentiment d'impuissance totale qu'elle a pu ressentir", a analysé le parquet antiterroriste.

Le Pnat relève aussi la stratégie de l'EI de compromettre la réintégration de l'enfant dans sa communauté: convertie et renommée, elle risquerait une ostracisation. Ces actes de conversion forcée "à grande échelle (...) doivent être considérés comme étant de nature à menacer le groupe religieux yazidi d'éradication biologique totale ou partielle".

En revanche, le Pnat a requis un non-lieu concernant les accusations d'emprisonnement et d'actes inhumains sur la fillette.

Lors d'interrogatoires dont l'AFP avait eu connaissance, Lolita Cacitti avait expliqué qu'une "petite fille" avait été amenée à son domicile par l'un des chefs de son époux, membre de l'EI, et qu'elle l'avait traitée "comme (sa) propre fille". "Je ne me suis jamais servi d'elle, je ne l'ai jamais traitée comme une esclave mais comme une enfant", avait-elle assuré aux juges en mars 2022.

Contacté mardi par l'AFP, son avocat, Me Louis Heloun, n'a pas souhaité commenter. Après le réquisitoire du Pnat, la défense peut désormais faire des observations, puis le juge d'instruction tranchera sur la tenue d'un procès ou non.

La justice française cherche à documenter les crimes contre l'humanité perpétrés par l'EI sur les minorités, et notamment le rôle des femmes parties sur zone: la première mise en examen prononcée contre une Française date de 2022.

A ce jour, trois sont poursuivies: Lolita Cacitti, Sonia Mejri, et une autre femme mise en examen en juillet 2025, a appris mardi l'AFP de source proche du dossier. Une quatrième avait été mise en examen en octobre 2022, mais elle a depuis obtenu le statut plus favorable de témoin assisté, selon une source judiciaire.