Migrants: dix militants britanniques d'extrême droite interdits de territoire français
information fournie par AFP 14/01/2026 à 15:15

Des militants d'extrême droite britanniques surveillent la plage de Gravelines, pour empêcher des migrants de traverser la Manche, le 5 décembre 2025 dans le nord de la France ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Accusés d'"actions à caractère violent" envers des migrants sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais, dix militants britanniques d'extrême droite sont désormais interdits de territoire français, leur mouvement se défendant de toute "activité illégale".

Ces interdictions de territoire, prononcées mardi, interviennent après "plusieurs" signalements "par différents acteurs, sur la présence d'activistes d'extrême droite" du mouvement britannique Raise the colours sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais, selon un communiqué du ministère de l'Intérieur publié mercredi.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a été "informé de ces faits au mois de décembre".

Ces activistes détruisaient des "small boats", les bateaux de fortune utilisés par les migrants pour traverser la Manche et rejoindre le Royaume-Uni, et effectuaient "une activité de propagande (...) à destination du public britannique", a ajouté le ministère.

Ces actions sont "de nature à occasionner de graves troubles à l'ordre public", a-t-il encore justifié, sans communiquer l'identité des personnes interdites de territoire.

"Notre état de droit n'est pas négociable, les actions à caractère violent ou provoquant à la haine n'ont pas leur place sur notre territoire", a souligné Laurent Nuñez sur X.

Raise the colours relayait régulièrement ses actions sur le littoral du nord de la France sur les réseaux sociaux.

Début décembre, des journalistes de l'AFP avaient croisé trois d'entre eux sur la plage de Gravelines (Nord), d'où ont régulièrement lieu des départs de "small boats".

- "Beaucoup trop tard" -

Dans un communiqué, Raise the colours a assuré mercredi n'avoir reçu aucune "notification formelle" de ces mesures.

"Raise the colours a toujours maintenu que ses activités devaient demeurer pacifiques et conformes à la loi. L'organisation ne soutient pas la violence, ni toute activité illégale", a ajouté le mouvement, qui avait initialement qualifié la décision d'"absolument scandaleuse" sur X avant de supprimer sa publication.

"Nous sommes rassurés de cette décision" prise à l'encontre d'activistes qui "sèment la division en s'en prenant à des personnes extrêmement vulnérables qui sont simplement à la recherche d'un refuge", a réagi auprès de l'AFP Paul Alauzy, coordinateur du programme exilés pour Médecins du monde.

"C'est un premier pas qui va dans le bon sens, mais qui arrive beaucoup trop tard", a estimé une porte-parole de l'association L'Auberge des migrants, souhaitant rester anonyme.

"Ça allait bien plus loin" que les actions décrites par le ministère de l'Intérieur, selon elle: "Ce sont des gens dangereux, certains ont fait de la prison, sont proches de mouvements néonazis", a-t-elle affirmé, disant avoir reçu des témoignages de personnes migrantes agressées physiquement.

En novembre, l'un des fondateurs de Raise the colours, Ryan Bridge, s'était filmé dans une vidéo publiée en direct sur les réseaux sociaux interpellant des migrants dormant dans des tentes dans les rues de Paris.

"On ne va pas baisser notre vigilance sur ce sujet", a assuré à l'AFP Cecilia, co-coordinatrice de l'association Utopia 56 à Calais. Elle dit craindre que les activistes interdits de territoire français ne soient simplement remplacés par d'autres.

- Opération "massive" -

Ces dernières semaines, Raise the colours a à plusieurs reprises prévenu sur X d'une opération "massive" en France en 2026, rappellent les associations.

La justice française a ouvert une enquête préliminaire pour "violences aggravées" commises sur des migrants dans la nuit du 9 au 10 septembre à Grand-Fort-Philippe, près de Dunkerque, à la suite du signalement par une association.

Cette nuit-là, quatre hommes arborant des drapeaux anglais et du Royaume-Uni ont agressé des migrants en leur disant qu'ils n'étaient pas les bienvenus en Angleterre et en volant certaines de leurs affaires, avait rapporté à l'AFP Félicie Penneron, coordinatrice d'Utopia 56 près de Dunkerque.

Raise the colours avait nié sur X être responsable de cette agression.

En 2025, 41.472 migrants ont réussi à traverser la Manche depuis la France sur des "small boats" pour rejoindre le Royaume-Uni, le deuxième nombre le plus élevé après le record de 2022.

Un accord a été signé cet été entre les deux pays pour tenter d'endiguer le phénomène alors que le Premier ministre britannique, Keir Starmer, est confronté à la montée du parti anti-immigration Reform UK.

L'accord bilatéral prévoit le renvoi en France de migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni en "small boats" en échange de l'accueil par Londres de migrants se trouvant en France, sur le principe du "un pour un".