Meurtre de Jonathan: aux assises, l'ombre d'un pédocriminel multirécidiviste information fournie par AFP 20/05/2026 à 17:14
Avant d'être condamné en Allemagne pour avoir tué trois enfants, Martin Ney a été moniteur de camp de vacances, famille d'accueil et éducateur. Jugé à Nantes pour le meurtre de Jonathan, 10 ans, il a remonté mercredi le fil de sa vie, ponctuée de crimes et d'agressions.
Originaire de Brême, Martin Ney, 55 ans, a été condamné à la perpétuité par la justice allemande en 2012 pour les meurtres entre 1992 et 2001 de trois garçons de 13, huit et neuf ans, et pour plusieurs agressions sexuelles, commises notamment après s'être introduit, masqué et ganté, dans des centres de vacances.
Mardi, à l'ouverture du procès, Martin Ney avait réaffirmé son innocence concernant le meurtre de Jonathan, disparu en avril 2004 lors d'une classe de mer à Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique). Il conteste également s'être trouvé en France à ce moment.
La première agression commise dans un centre de vacances a lieu alors qu'il est âgé d'une vingtaine d'années, dit-il. Debout dans le box vitré, accompagné de deux traductrices, Martin Ney dit avoir ressenti de l'"attirance" pour les enfants dès ses 16 ans.
Quand la présidente, Karine Laborde, lui demande s'il se souvient de tous ses passages à l'acte, il répond: "En principe, je me rappelle de chaque fait. Il a pu arriver que des faits qui se sont produits dans des centres de vacances soient assez semblables, donc il peut y avoir une confusion entre les faits ou les dates."
L'accusé s'est décrit lors de l'enquête comme "solitaire" et "renfermé", n'ayant jamais entretenu de relation de couple. Son frère a évoqué une "tendance presque maladive" à ne rien dire de lui.
En 1996 - ses premiers meurtres datent de 1992 et 1995 - il devient famille d'accueil pour un adolescent de 12 ans, qu'il hébergera pendant quatre ans. S'il explique avoir éprouvé une "attirance" pour lui et avoir régulièrement dormi dans le même lit, Martin Ney conteste l'avoir agressé sexuellement.
- Paroles -
Il s'installe en 2000 à Hambourg, où il travaille dans un foyer accueillant des mineurs. L'un deux, âgé de neuf ans au moment de sa rencontre avec Martin Ney, a dit lors de l'enquête avoir été victime d'agressions sexuelles jusqu'à ses 14 ans.
Face à l'enquêtrice de personnalité, l'accusé a évoqué une relation "consentie" s'apparentant pour lui à un lien "amoureux". "Aujourd'hui, je le vois d'un œil un peu plus critique mais à l'époque (des faits) je le voyais d'une manière différente", dit-il.
Le troisième meurtre a lieu en 2001, lors d'une période de congés. Il sera finalement licencié du foyer en 2008, soupçonné de détenir des images pédopornographiques.
Le corps de Jonathan, lesté d'un parpaing, a été retrouvé en mai 2004, plus d'un mois après sa disparition, dans un étang des environs de Guérande. L'autopsie n'a pas permis de déterminer si le petit garçon avait subi des violences sexuelles.
Partie civile au procès, la mère de Jonathan écoute "toutes les paroles" de l'accusé. "Elle veut tout connaître de sa vie, tous ses faits et gestes", a expliqué son avocate, Me Catherine Salsac. "Elle attend des aveux, un indice", a-t-elle ajouté.
L'enquête sur le meurtre de Jonathan a connu un tournant en 2017, quand un ancien codétenu de Martin Ney a affirmé avoir recueilli ses confidences.
Ses déclarations faisaient écho au témoignage d'un agriculteur qui affirmait des années plus tôt avoir croisé un soir d'avril 2004 un individu conduisant une berline immatriculée en Allemagne. Il sera entendu par la cour d'assises.
Le verdict est prévu le 5 juin, au terme de 13 jours d'audience.