"Martyre de l'A10" : les lésions multiples d'Inass Touloub examinées avant un malaise de la mère
information fournie par AFP 04/11/2026 à 18:52

Croquis d’audience du 2 novembre 2026 montrant Halima El Bakhti (d), et son mari Ahmed Touloub, lors de leur procès pour le décès de leur fille Inass Touloub en 1987, au palais de justice de Blois, dans le Loir-et-Cher ( AFP / Benoit PEYRUCQ )

Inass Touloub, retrouvée en 1987 au bord de l'A10, portait des "lésions partout", a déclaré mercredi une experte au procès des parents, où la diffusion des photos du corps martyrisé de la fillette a provoqué un malaise de la mère et la suspension de l'audience.

Halima El Bakhti, âgée de 72 ans, est jugée depuis lundi par la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, au côté du père de l'enfant, Ahmed Touloub, 74 ans, qui comparaît pour complicité.

L'audience a été suspendue vers 16H30 après le malaise de l'accusée et elle ne reprendra que jeudi matin à 9H30.

La septuagénaire est "consciente", a indiqué l'avocat général Stéphane Javet à l'AFP. Moins d'une heure après son malaise, elle a été transportée aux urgences pour des examens par les pompiers, a constaté l'AFP.

Après un exposé d'une heure, durant lequel une médecin légiste a décrit de manière exhaustive la liste de toutes les lésions constatées sur l’enfant de 4 ans, retrouvée morte le 11 août 1987, les photos prises lors de l'autopsie ont été diffusées à l'audience et ont suscité l'effroi parmi le public présent.

La mère, Halima El Bakhti, a regardé presque tous les clichés défiler, avant de se courber en avant, la tête entre les mains.

"Violences multiples"

Quelques minutes plus tard, elle s'est effondrée sur le sol, au moment où un avocat de parties civiles interrogeait l'experte, provoquant une suspension en urgence de l'audience.

Halima El Bakhti, accusée et mère d’Inass Touloub, arrive au palais de justice de Blois, le 2 novembre 2026 ( AFP / ALAIN JOCARD )

La médecin légiste a évoqué une "vingtaine de morsures", des "fractures qui n'ont pu passer inaperçues", des lésions "compatibles avec des brûlures" et les "mamelons arrachés". "Il y avait des lésions partout, même sur les zones découvertes", a-t-elle résumé.

Pour la légiste, Inass Touloub a subi des "violences multiples et répétées dans le temps" jusqu'à quelques heures, quelques jours, voire jusqu'à "plusieurs mois avant le décès".

"L'enfant a eu mal, il y a eu une période d'agonie", a déclaré l'experte, estimant que le décès pouvait avoir été provoqué par plusieurs causes : syndrome asphyxique, contusion pulmonaire et une importante perte sanguine, combinés à une absence de soins.

Au premier jour de leur procès, les parents ont nié toute responsabilité dans la mort de leur fille Inass, restant impassibles, ou presque, aux débats et aux questions de la cour.

Ahmed Touloub, dont l'état de santé doit faire l'objet d'ici vendredi d'une expertise complémentaire, a passé une nouvelle journée appuyé sur sa canne, la tête baissée.

Une partie de leurs six autres enfants doit témoigner jeudi, si l'audience reprend normalement après le malaise de Mme El Bakhti.

Des témoignages, très attendus, qui se feront pourtant à huis clos, sans presse ni public, après une demande de l'avocate de la fratrie, Me Eléonore Terrien-Freneau, mettant notamment en avant leur "sécurité".

"Beaucoup souffert"

Demande à laquelle la mère a acquiescé, se livrant pour la première fois et arguant qu'ils "ont beaucoup souffert", qu'ils "sont détruits" et qu'ils reçoivent des "menaces".

"Certains voient des psychiatres, et prennent des calmants et des somnifères, certains sont partis au Maroc ou en Espagne, ils ont peur des journalistes", a-t-elle poursuivi.

La présidente a alors demandé : "qu’est-ce qui est à l’origine de cette souffrance ?"

"Les gens", répond-elle dans un premier temps.

Avant d'ajouter : "c'est à cause de ce qu'on leur a fait, à ma petite et à mes enfants", en regardant son coaccusé, pour la première fois.

Les parents ont été identifiés, grâce à l'ADN, et interpellés en 2018, plus de trente ans après les faits. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité dans l'un des plus anciens "cold cases".

Le procès doit durer une dizaine de jours.