Marine Le Pen de retour devant la justice en appel, son avenir politique en sursis
information fournie par Reuters 12/01/2026 à 18:36

Le groupe parlementaire du Rassemblement national présente son contre-budget à Paris

par Juliette Jabkhiro et Elizabeth Pineau

Un procès en appel aux lourdes conséquences politiques pour Marine Le Pen s'ouvre mardi à Paris, un an après la condamnation de la cheffe de file de l'extrême droite française à cinq ans d'inéligibilité pour détournement de fonds publics qui l'empêche pour ‍l'heure de briguer à nouveau l'Elysée en 2027.

Largement débattue voire critiquée, y compris hors de son propre camp, l'exécution provisoire de la décision prise en première instance a constitué un revers majeur pour Marine Le Pen, figure emblématique de l'extrême droite européenne.

Porté par des scores remarquables aux dernières élections européennes et législatives qui lui ont permis d'envoyer 120 députés à l'Assemblée nationale, bien ‌placé dans les sondages pour les élections municipales de mars et surtout la présidentielle de l'an prochain, le Rassemblement national (RN) n'a jamais été aussi proche du pouvoir en France.

Une confirmation de la sentence prononcée dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national - ancêtre du RN - pourrait néanmoins contraindre la députée du Pas-de-Calais âgée de 57 ans à céder ​sa place au président du parti Jordan Bardella, 30 ans, pour la course à l'Elysée.

En mars dernier, un tribunal parisien a reconnu Marine Le Pen et huit autres ⁠anciens députés européens du RN coupables d'avoir détourné plus de quatre millions d'euros ; le parti et une douzaine d'assistants parlementaires ont été reconnus coupables d'avoir perçu indûment cette somme.

En cause: l'utilisation par Marine Le Pen et les autres cadres du RN, entre 2004 et 2016, de fonds du Parlement européen pour ⁠rémunérer des personnes travaillant en réalité pour le parti.

Les juges ont ‍expliqué leur choix de rendre l'exécution de la peine immédiatement effective par la nécessité d'"éviter un préjudice irréparable à l'ordre public démocratique".

Marine ⁠Le Pen considère comme légitime l'utilisation des fonds et accuse les juges de la punir pour des raisons politiques, une position qui rappelle les récentes attaques de personnalités politiques américaines contre l'institution judiciaire.

Marine Le Pen a fait appel du jugement, tout comme le Rassemblement National (RN) et dix autres personnes.

"L'affaire va être remise à zéro, j'espère pouvoir convaincre les magistrats de mon innocence", a-t-elle déclaré ​lundi alors qu'elle était présente aux voeux de Jordan Bardella à la presse.

Interrogée sur sa stratégie pour ce nouveau procès, Marine Le Pen a assuré vouloir "dire la vérité comme je l'ai fait en première instance, en espérant être mieux entendue en appel".

DÉCISION AVANT L'ÉTÉ

Appelé à durer jusqu'au 12 février, avec une décision attendue avant l'été, le procès pourrait attirer l'attention de l'administration de ⁠Donald Trump, qui a manifesté son soutien à Marine Le Pen après le premier jugement.

L'an dernier, des responsables de l'administration américaine ont envisagé des sanctions contre les magistrats ​français impliqués dans la condamnation de la députée française, ont indiqué quatre sources à Reuters.

L'information initialement publiée par le magazine allemand ​Der Spiegel a été qualifiée de "fausse", sur X, ​par la sous-secrétaire d'État Sarah B. Rogers.

Un porte-parole du département d'État a toutefois déclaré : "Nous ne communiquons pas à l'avance sur d'éventuelles actions."

Peu diserts sur le sujet, les cadres du RN continuent ​d'espérer que la présidente du groupe RN à l'Assemblée sera leur candidate à la présidence de la ⁠République pour la quatrième fois. Faute de quoi, Jordan Bardella la remplacera.

"Si malheureusement cela devait arriver, ce serait une campagne complètement différente. Pas la même énergie, un changement de génération. Mais Bardella ne s'éloignerait pas du programme", a dit à Reuters un député proche de Marine Le Pen sous couvert d'anonymat.

L'entourage de Jordan Bardella se tient prêt.

"Je ne fais aucun pronostic. L'avantage c'est qu'ils se préparent ensemble, ça ne change pas la campagne du point de vue politique", a dit à Reuters, lui aussi anonymement, un conseiller du député européen.

"Même si elle est inéligible, Marine Le Pen fera campagne, ‌elle ne va pas faire comme Alain Juppé et partir à Montréal", a-t-il ajouté en référence à l'ancien Premier ministre qui s'était exilé quelque temps au Canada après sa condamnation en appel en 2004 dans l'affaire des emplois fictifs du RPR.

Pour l'analyste politique Stewart Chau, directeur d'études chez Verian, "les Français ont déjà tourné la page Marine Le Pen".

"Une proportion croissante considère que Jordan Bardella sera le candidat du RN en 2027", a-t-il dit à Reuters. "Les intentions de vote lui sont favorables, il est sur le devant de la scène, les électeurs ont intégré cette dynamique".

Lundi, Jordan Bardella a adressé son "soutien total et son amitié" à Marine Le Pen. "Elle démontrera son innocence", a-t-il assuré, ajoutant que "ce procès ne paralysera pas le temps politique".

(Reportage Juliette Jabkhiro et Elizabeth Pineau, ‌avec Gabriel Stargardter et Humeyra Pamuk, édité par Blandine Hénault)