Mali: le chef de la junte réapparaît pour la première fois depuis les attaques meurtrières information fournie par AFP 28/04/2026 à 21:03
Le chef de la junte malienne Assimi Goïta, dont on ignorait le sort depuis les attaques sans précédent lancées par des groupes armés qui ont déstabilisé son régime, est réapparu et s'est rendu au chevet de blessés de ces assauts, selon des communiqués et photos publiés mardi par la présidence malienne.
La fébrilité règne au Mali trois jours après des attaques sans précédent des jihadistes du JNIM alliés aux indépendantistes touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) qui continuent d'avancer dans le nord face à une junte plus affaiblie que jamais et dans une "situation difficile", de l'aveu même de son allié russe.
La chaîne publique malienne ORTM a annoncé qu'Assimi Goïta, président de la transition, doit s'adresser au pays mardi à 20H00 locales et GMT dans le journal télévisé.
L'absence et le silence du leader malien ont nourri depuis trois jours des spéculations sur sa capacité à se maintenir au pouvoir, alors que son ministre de la Défense, Sadio Camara, un des principaux responsables de la junte, a été tué lors de l'une de ces attaques.
M. Camara était considéré comme l'architecte du rapprochement de ces dernières années avec la Russie. La junte malienne s'était en effet rapprochée politiquement et militairement de la Russie ces dernières années après avoir chassé les militaires français en 2022.
Mardi, Assimi Goïta a reçu l'ambassadeur de Russie dans le pays, selon la présidence malienne qui a publié des photos de l'entretien. Les deux parties ont évoqué la situation actuelle, selon un communiqué de la présidence.
L'ambassadeur russe à Bamako, Igor Gromyko, a "réaffirmé l'engagement de son pays aux côtés du Mali dans la lutte contre le terrorisme", assurant que la "Russie sera toujours l'amie du Mali", selon ce texte.
Le chef de la junte a également rendu visite mardi aux blessés civils et militaires pris en charge à l'hôpital de Kati, situé à une quinzaine de km de Bamako, et a souhaité "un prompt rétablissement" aux blessés, selon un autre communiqué de la présidence.
Cette ville-garnison et fief de la junte a été visée samedi par une attaque des groupes armés, qui a fait au moins 23 morts civils et militaires, selon un nouveau bilan donné à l'AFP par une source hospitalière.
- "Intentions agressives" -
C'est dans cette attaque à Kati, menée par "un véhicule piégé conduit par un kamikaze", que le général Sadio Camara a été tué. Assimi Goïta s'est également mardi rendu au domicile du général Camara pour présenter ses condoléances à sa famille.
Dans une publication un peu plus tôt sur les réseaux sociaux, le ministère russe de la Défense a estimé que les rebelles et jihadistes étaient en train de se regrouper et que la situation au Mali restait "difficile".
Le ministère a aussi confirmé que l'Africa Corps - des paramilitaires envoyés en appui de la junte malienne - a dû se retirer de la ville-clef de Kidal (nord), dont les groupes armés se sont emparés le weekend dernier.
Le Kremlin a dit également souhaité le retour "au plus vite" de la stabilité dans ce vaste pays sahélien, en proie depuis 2012 aux conflits et aux violences jihadistes.
- Menace de blocus -
Mardi, le JNIM a menacé d'imposer un blocus sur les entrées de la capitale malienne Bamako, selon une vidéo d'un de leurs porte-paroles.
"À partir d’aujourd’hui, un blocus est imposé à Bamako sur tous les axes", a déclaré dans la vidéo un des porte-paroles du JNIM, Bina Diarra. "La seule mesure de tolérance est accordée à ceux qui se trouvent déjà à Bamako pour leur permettre de repartir. En revanche, il est désormais interdit de s'y rendre jusqu'à nouvel ordre", a-t-il affirmé.
Il n'était pas possible dans l'immédiat de savoir si ce blocus serait vraiment effectif ou pas dans les prochains jours.
Mardi, l'ambassade des Etats-Unis à Bamako dit avoir "pris connaissance de signalements faisant état de mouvements terroristes possibles à l'intérieur de la ville", selon un message publié sur le site de l'ambassade. Elle recommande aux ressortissants américains de se confiner sur place et d'éviter tout déplacement non essentiel.
Ces attaques coordonnées lancées samedi jettent le doute sur les capacités de la junte à faire face aux menaces des groupes armés, et mettent à mal sa rhétorique, qui affirmait jusqu'ici que sa stratégie de rupture, ses nouveaux partenariats étrangers et son effort militaire accru avaient permis d'inverser la tendance face aux combattants radicaux islamistes.
Signe de la fébrilité qui prévaut dans le pays, l'armée malienne a abandonné certaines de ses positions dans la région de Gao (nord), ont indiqué mardi à l'AFP des sources locales.
Gao est la deuxième région militaire du Mali après la ville-garnison de Kati, fief de la junte situé près de Bamako et qui a été le théâtre de violents combats entre l'armée et les groupes armés.
Quant à la ville stratégique de Kidal, elle est désormais sous contrôle rebelle depuis ce weekend. Kidal a été sous la coupe de groupes rebelles pendant plusieurs décennies avant de revenir dans le giron de l'Etat malien en novembre 2023, à la faveur d'une offensive de l'armée appuyée par les combattants de Wagner.
Selon des analystes, le but stratégique recherché par cette alliance entre JNIM et FLA ne serait pas la prise du pouvoir à Bamako, mais la reconquête des régions du Nord.