Mali-Après des attaques insurgées d'ampleur, la situation sous contrôle, selon l'armée information fournie par Reuters 25/04/2026 à 17:38
(Actualisé avec détails)
L'armée malienne a déclaré samedi que la situation était sous contrôle après que des insurgés ont lancé dans la matinée des attaques sur plusieurs positions militaires à Bamako et autour de la capitale, ainsi que dans d'autres localités du pays, dans le cadre d'une opération apparemment coordonnée impliquant plusieurs groupes.
Une note de sécurité des Nations unies a fait état d'"attaques simultanées et complexes" à Kati, Senou et près de l'aéroport de Bamako, ainsi que dans les villes de Mopti, Gao et Kidal.
L'ambassade américaine a exhorté ses ressortissants à rester chez eux alors que le Royaume-Uni a déconseillé aux citoyens britanniques de se rendre dans le pays.
Deux puissantes explosions et des tirs soutenus ont été entendus peu avant 6 heures du matin (06h00 GMT) près de Kati, dans la banlieue de Bamako, où se situe la principale base militaire du Mali, tandis que des soldats ont été déployés pour bloquer les routes autour du secteur, a rapporté un journaliste de Reuters.
Au sud de Bamako, des personnes tentant de rejoindre l'aéroport se sont retrouvées à proximité des zones de combats, théâtre de coups de feu et de survols d'hélicoptères, selon un passager.
Le domicile du ministre de la Défense, Sadio Camara, à Kati a été visé et détruit, ont rapporté deux témoins.
Des événements similaires ont éclaté à peu près au même moment dans la ville de Sévaré, dans le centre du pays, ainsi que dans les villes de Kidal et de Gao, dans le nord du Mali.
"On entend des coups de feu partout", raconte un témoin à Sévaré.
"On entend des coups de feu en direction du camp militaire. Ce n'est pas l'aéroport lui-même, mais le camp qui assure sa sécurité", a-t-il précisé.
A la mi-journée, l'armée malienne indiquait avoir le contrôle de la situation, une heure avant qu'un habitant de la ville de Gao, hub militaire important dans le nord du pays, a fait état d'une forte explosion et d'échanges de coups de feu entre les assaillants et des soldats.
Le Mali, où l'armée a pris le pouvoir après deux coups d'Etat en 2020 et 2021, est aux prises depuis plus d'une décennie avec une insurrection armée de groupes djihadistes liés à Al Qaïda et l'Etat islamique. Le pays fait également face à une rébellion touarègue dans le nord.
"COEUR DU RÉGIME"
Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du Front de libération de l'Azawad (FLA), une alliance rebelle à dominante touarègue, a déclaré sur les réseaux sociaux que ses forces avaient pris le contrôle de plusieurs positions à Kidal et Gao. Reuters n'a pas pu vérifier cette information de manière indépendante.
Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin(JNIM), qui organise fréquemment des attaques contre des installations militaires dans une grande partie du Mali, n'a pas revendiqué dans l'immédiat l'attaque signalée par l'armée malienne. Quatre sources sécuritaires ont toutefois déclaré à Reuters que le groupe était impliqué dans l'assaut en coordination avec le FLA.
L'Etat islamique dans la province du Sahel (ISSP) n'a pas non plus revendiqué cette attaque.
Le gouvernement malien, dirigé par Assimi Goïta, a choisi de s'appuyer sur des mercenaires russes pour assurer sa sécurité, rejetant les accords de coopération en matière de défense jadis signés avec les pays occidentaux.
Les attaques coordonnées de samedi laissent présager d'une possible escalade des combats au Mali.
"Cela ressemble à la plus grosse attaque coordonnée de ces dernières années", a estimé Ulf Laessing, à la tête du programme Sahel à la Fondation Konrad Adenauer, en Allemagne.
Selon Heni Nsaibia, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest à l'organisation Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), les villes de Kati et Bamako représentent "le coeur du régime", tandis que Kidal est le site d'une victoire militaire symbolique de 2023 devenue centrale dans le "récit de reprise des contrôles territoriaux" du gouvernement malien.
Bamako a également renforcé récemment ses liens avec les Etats-Unis.
Reuters avait rapporté en mars que le Mali et les Etats-Unis étaient sur le point de conclure un accord qui permettrait à Washington de reprendre les vols d'avions et de drones au-dessus de l'espace aérien du pays afin de recueillir des renseignements sur les groupes djihadistes.
L'ambassade des Etats-Unis au Mali a recommandé à ses ressortissants de se confiner sur place.
(Reportage bureau de Reuters; avec la contribution de David Lewis et Portia Crowe; rédigé par Robbie Corey-Boulet et Bate Felix; version française Claude Chendjou et Zhifan Liu)