Malaisie : rififi entre roi et procureur concernant la grâce de l'ex-Premier ministre
information fournie par AFP 07/11/2026 à 13:00

Des policiers derrière un cordon de police devant le domicile de l'ancien Premier ministre Najib Razak à Kuala Lumpur, le 6 novembre 2026 en Malaisie ( AFP / MOHD RASFAN )

Le roi de Malaisie, le sultan Ibrahim, a déclaré samedi que le procureur général risquait de méconnaître un ordre royal en retardant la sortie de prison de l'ancien Premier ministre, Najib Razak, ajoutant qu'il n'y avait aucune ambiguïté dans la grâce qui lui a été accordée.

M. Najib purge depuis 2022 une peine de six ans de prison pour son rôle dans le retentissant scandale de corruption impliquant un fonds souverain, 1Malaysia Development Berhad (1MDB), aujourd'hui dissous, qui avait déclenché des enquêtes notamment aux États-Unis, en Suisse et à Singapour.

Le détournement de centaines de millions de dollars du fonds 1MDB censé œuvrer au développement économique de la Malaisie, pour des dépenses privées comme un yacht géant ou des œuvres d'art, a été déterminant dans la défaite aux législatives en 2018 de M. Najib et de son parti, l'Organisation nationale unifiée malaise (Umno), au pouvoir depuis l'indépendance de cette ex-colonie britannique en 1957.

Le sultan Ibrahim a accordé à l'ex-Premier ministre de 73 ans une grâce conditionnelle en septembre, lui permettant de purger le reste de sa peine à domicile à condition qu'il paie une amende de 12 millions de dollars.

Vendredi, le parti de M. Najib a indiqué que cette amende avait été réglée, condition pour sortir de prison et purger le reste de sa peine en résidence surveillée.

L'ancien Premier ministre malaisien Najib Razak (c) arrive au complexe judiciaire de Kuala Lumpur, le 30 octobre 2024 en Malaisie ( AFP / Mohd RASFAN )

Mais le procureur général du pays a aussitôt bloqué l'assignation à résidence à domicile de l'ex-Premier ministre, affirmant que son bureau avait besoin de plus de précisions sur la grâce.

Samedi, le roi a déclaré qu'il n'y avait rien à clarifier, estimant que cette grâce était "sans aucune ambiguïté". "Il ne doit y avoir aucune confusion d'interprétation", a déclaré le sultan Ibrahim dans un communiqué, ajoutant que cette mesure n'était liée à aucune autre affaire visant l'ancien dirigeant.

M. Najib a par ailleurs été condamné en décembre dernier à 15 ans d'emprisonnement pour abus de pouvoir et blanchiment d'argent dans un autre volet de l'affaire, peine censée être effectuée à l'issue de la première de six ans. Il a interjeté appel.

pas "une minute de plus"

"Étant donné que toutes les conditions de l'ordonnance de grâce conditionnelle ont été remplies, tout argument remettant en question cette ordonnance revient à nier l'ordre de Sa Majesté le roi", selon le communiqué du souverain.

Des véhicules pénètrent dans la résidence de l'ancien Premier ministre Najib Razak à Kuala Lumpur, le 6 novembre 2026 en Malaisie ( AFP / MOHD RASFAN )

Les avocats de M. Najib ont remercié le monarque samedi, déclarant qu'il n'y avait "aucun fondement" pour que les autorités le maintiennent en détention "une minute de plus".

"Ils doivent le transférer immédiatement à sa résidence de Jalan Langgak Duta pour y purger sa peine à domicile, comme l'a ordonné Sa Majesté", a déclaré l'avocat Farhan Shafee dans un communiqué.

Le bureau du procureur général a publié peu après une mise au point dans laquelle il réfute toute contestation de l'autorité du roi, sans toutefois indiquer s'il entend libérer M. Najib dans l'immédiat.

"Cette démarche n'a pas pour but de retarder ou de refuser l'exécution de l'ordonnance de grâce conditionnelle, mais d'éviter tout conflit dans l'exécution des ordonnances en vigueur et de garantir qu'aucune peine ne soit exécutée illégalement", a justifié le bureau du procureur.

Quelques heures plus tard, le bureau du Premier ministre a indiqué que le procureur général demandait une audience avec le roi afin de "solliciter son pardon" et d'exprimer son intention de se conformer à son ordre, tout en affirmant que des questions juridiques subsistaient et que seule une cour pouvait y répondre.

Vendredi, M. Najib était sorti de la prison de Kajang à bord d'une voiture, suivie d'un convoi de véhicules, selon un journaliste de l'AFP. Il l'avait ensuite réintégrée avec le même convoi.