"Maîtres chez nous" face à Trump : le Canada dévoile son budget
information fournie par AFP 05/11/2026 à 01:31

Le Premier ministre canadien Mark Carney observe le déroulement d'une table ronde réunissant des chefs d'entreprise, dans le cadre du 21e sommet UE-Canada, à Montréal, au Québec (Canada), le 29 octobre 2026 ( POOL / Christopher Katsarov )

Le gouvernement de Mark Carney dévoile jeudi un budget destiné à poursuivre la transformation à marche forcée de l'économie du Canada pour la rendre moins dépendante des États-Unis de Donald Trump.

La présentation de ce budget 2026-27 intervient deux jours après la déroute historique des républicains américains aux élections de mi-mandat, et alors que Canada et États-Unis affirment se rapprocher d'une sortie de crise dans le conflit commercial qui les oppose.

Au pouvoir depuis un an et demi, Mark Carney a fait de l'autonomie du Canada par rapport aux États-Unis la pierre angulaire de sa politique, comme le montre le nom de ce budget baptisé "Maîtres chez nous".

Ce plan budgétaire, le deuxième de Mark Carney, "vise avant tout à transformer le modèle de croissance du Canada", a déclaré lundi le ministre des Finances François-Philippe Champagne, qui présentera le texte devant le Parlement.

"Peu importe ce qui arrive au sud de la frontière, peu importe ce qui arrive dans le monde, on sera plus résilient, on sera plus fort, on sera plus indépendant", a-t-il ajouté mercredi, après avoir choisi, comme le veut la tradition canadienne, la paire de chaussures neuves qu'il portera le jour du budget.

Les relations entre le Canada et les États-Unis se sont très nettement dégradées depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025 et l'imposition de droits de douane sur des produits canadiens. La situation s'est encore envenimée cet été après la rupture des négociations commerciales par M. Carney.

Les deux voisins ont toutefois estimé dimanche qu'ils approchaient d'une sortie de crise.

Grands projets

Parmi les principales mesures attendues dans ce budget, figure l'allocation de fonds à de grands projets énergétiques, miniers ou d'infrastructures, dont Mark Carney a fait une priorité afin de renforcer la souveraineté du pays.

Le ministre canadien des Finances, François-Philippe Champagne, s'exprime lors d'une interview accordée à l'AFP à Toronto, en Ontario, le 14 septembre 2026 ( AFP / VALERIE MACON )

François-Philippe Champagne a aussi évoqué mercredi de nouvelles mesures pour soutenir les Canadiens face à la hausse du coût de la vie et pour aider les salariés des secteurs affectés par les droits de douane américains comme l'automobile ou l'acier.

Le montant du déficit budgétaire, destiné à financer ces investissements, sera surveillé de près par les partis d'opposition.

Les chiffres "montrent que non seulement le déficit va être important (...) mais que le gouvernement va probablement dépasser les cibles qu'il s'était lui-même fixées", a dénoncé mardi Jean-Denis Garon, député du parti d'opposition indépendantiste Bloc Québécois.

Ce déficit sera toutefois inférieur à celui prévu dans le premier budget de l'ère Carney l'an dernier (78,3 milliards de dollars canadiens).

"Les effets des droits de douane, l'emploi, le taux de chômage" sont autant de variables susceptibles de peser sur la mise en œuvre ce plan, met en garde Geneviève Tellier, professeure de science politique à l'Université d'Ottawa.

D'autant que la Banque du Canada vient de relever son taux directeur pour la première fois en trois ans.

Après son dépôt au Parlement, le budget fera l'objet d'un vote de confiance qui ne devrait poser aucun problème pour le gouvernement Carney, dont la majorité a été renforcée lors d'élections partielles fin août.