"Mains dans le dos ! Interdiction de parler !" : face à la menace russe, la Suède s'entraîne à gérer des prisonniers de guerre information fournie par Boursorama avec Media Services 05/05/2026 à 17:48
Cette rare séquence a attiré de nombreux visiteurs étrangers, principalement des forces armées du Canada, de République tchèque, des États-Unis ou encore d'Ukraine.
Gestion des flux, répartition selon le sexe ou le grade, respect des conventions... Face à une menace russe qui s'est concrétisée brusquement avec l'invasion de l'Ukraine, la Suède, qui a rejoint l'Otan en 2024, a organisé un vaste exercice de gestion des prisonniers de guerre, sous l'oeil intéressé de nombreux observateurs étrangers.
Un convoi militaire s'approche d'un sanatorium transformé en camp improvisé dans le centre de la Suède. Un à un, des dizaines de prisonniers sont extraits des fourgonnettes sous les ordres fermes de soldats au visage impassible. "Mains dans le dos ! Interdiction de parler !", crie un soldat tandis qu'un berger allemand renifle les affaires des détenus fraîchement débarqués. Ici, juste avant leur enregistrement, le risque de fuite ou de violence est à son maximum, explique à l' AFP le lieutenant-colonel Håkan Isacsson, chef du bataillon de la police militaire suédoise, lors d'une visite de presse.
Menée dans le cadre du plus vaste exercice militaire organisé en Suède, Aurora 26, cette rare séquence a attiré de nombreux visiteurs étrangers, principalement des forces armées du Canada, de République tchèque, des Etats-Unis ou encore d'Ukraine. La multiplication des conflits dans le monde et le nouveau rôle de la Suède au sein de l'Otan -que le pays nordique a intégrée en 2024- expliquent en grande partie la tenue de l'exercice qui vise à augmenter les compétences des armées, selon Håkan Isacsson.
Exercice inédit en 30 ans
Au total, 500 personnes, dont quelque 300 figurants -acteurs, soldats et civils- incarnant les captifs, ont été mobilisés. Certains jouent leur rôle avec un grand sérieux, visage fermé et regard au sol, tandis que d'autres se lancent des regards espiègles, luttant pour ne pas éclater de rire.
Cela faisait 30 ans que l'aspect des prisonniers de guerre n'avait pas fait l'objet d'un exercice spécifique en Suède.
"Le scénario, ici, c'est que nous nous trouvons en arrière-garde. La guerre vient d'éclater à la frontière orientale de l'Otan, près de la Finlande. Les prisonniers de guerre qui se trouvent ici sont évacués du front et transitent par la Suède. Et c'est ici que nous les prenons en charge", souligne le major Johannes Kirchheim, chef d'entraînement du bataillon. Un scénario qui place une nouvelle fois la Russie au premier rang des menaces perçues sur le continent.
Situé à un peu plus de 20 kilomètres au nord de la ville d'Örebro, le sanatorium de Hålahult, utilisé au début du XXe siècle pour traiter les patients atteints de tuberculose, est devenu un camp improvisé pour l'occasion. Le bâtiment peut accueillir jusqu'à 500 personnes. À l'intérieur, les couloirs ont été séparés par un ruban : les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Après leur enregistrement, les détenus, chacun identifié selon son grade ou sa qualité de civil, sont conduits vers leurs chambres, réparties selon une hiérarchie de statuts : on ne dort pas dans le même espace selon qu'on est un officier ou un soldat de rang - une obligation des Conventions de Genève.
"Extrêmement vulnérables"
"Il se peut très bien que les soldats détestent leurs officiers. Ou que les officiers détestent les soldats, selon ce qui s'est passé. C'est pourquoi nous devons les séparer. Il s'agit aussi d'empêcher qu'ils ne se regroupent ou ne commencent à fomenter des plans ", relève Håkan Isacsson.
Une observatrice de la Croix-Rouge de Suède accompagne les militaires pour s'assurer que les conventions soient respectées, notamment que les prisonniers soient traités humainement et avec dignité.
Pour la soldate Iza Andersson, il est crucial d'avoir en tête que les détenus "sont souvent très éprouvés et extrêmement vulnérables".
"Il est donc essentiel de s'en occuper de manière adaptée, car ils se trouvent alors au plus bas de leur état psychologique. Il faut savoir se montrer ferme lorsque la fermeté est nécessaire, et plus compréhensif dans d'autres situations, car il est difficile d'imaginer ce qu'ils ont réellement vécu et ce qu'ils ont vu", dit-elle.
Sans oublier que le lieu de détention peut, en dépit du droit international, devenir une cible militaire en soi. Selon le lieutenant-colonel Håkan Isacsson, les militaires ukrainiens ont assuré que, dans leur pays, les Russes s'en prenaient à ce genre de site. "Le simple fait de savoir cela m'a donné une perspective complètement différente", confie l'officier.