Madrid accentue ses critiques envers Israël et les USA malgré les menaces de Trump
information fournie par Reuters 09/04/2026 à 17:22

Réunion des ministres des affaires étrangères de l'UE à Bruxelles

par David Latona et Emma Pinedo

L'Espagne a fermement condamné jeudi les ‌frappes israéliennes au Liban, réitérant ses virulentes critiques à l'encontre des campagnes militaires menée par Israël et les Etats-Unis, malgré les menaces de Donald Trump ​de sanctionner les alliés de l'Otan qui ne se montrent pas coopératifs.

L'opposition de l'Espagne au conflit avec l'Iran a tendu un peu plus encore ses relations avec Washington, des personnalités du mouvement "MAGA" (Make America Great Again) pressant le président américain de sévir contre Madrid.

Dans une allocution devant les députés, le ministre des ​Affaires étrangères Jose Manuel Albares a qualifié le conflit d'attaque contre la civilisation, faisant écho aux critiques cinglantes formulées par le Premier ministre Pedro Sanchez à l'encontre de la décision de Donald Trump ​de cibler la République islamique.

"Nous sommes confrontés à la plus grande attaque contre ⁠la civilisation fondée sur les idéaux humanistes de la raison, de la paix, de la compréhension et du droit universel, face à ‌l'abus de pouvoir, à la force brute et à l'arbitraire", a déclaré Jose Manuel Albares.

"Les prophètes de la guerre et de la violence cherchent à revenir aux valeurs et aux pratiques des moments les plus sombres de l'Histoire", a ajouté ​le ministre, accusant Israël de violer le droit international ‌et le cessez-le-feu de deux semaines tout juste négocié, après que l'Etat hébreu a lancé mercredi une vague ⁠massive de frappes aériennes contre le Liban qui ont tué plus de 250 personnes.

Pedro Sanchez, qui s'est imposé comme l'un des principaux opposants à la guerre, avait précédemment fermé l'espace aérien espagnol à tout avion impliqué dans le conflit, qu'il a qualifié d'imprudent et d'illégal.

Mercredi soir, le Premier ministre a ⁠réitéré son appel à ce que ‌l'Union européenne dénonce son accord d'association avec Israël, la pressant de mettre fin à "l'impunité des actions criminelles" de l'Etat hébreu.

SANCHEZ ⁠DÉNONCE "LE MÉPRIS" DE NETANYAHU

Dans un message publié sur X, il a dénoncé "le mépris" "intolérable" du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu "pour la vie et le droit international".

Mercredi ‌également, l'Espagne et l'Italie ont chacune convoqué des représentants israéliens pour protester contre des incidents distincts ayant impliqué des Casques bleus ⁠de l'Onu au Liban. Madrid a indiqué qu'un membre espagnol de la Finul avait été détenu injustement ⁠par Tsahal.

Les relations entre l'Espagne et les ‌États-Unis se sont nettement dégradées l'an dernier lorsque Madrid a rejeté la demande de Donald Trump visant à ce que les alliés de l'Otan augmentent ​leurs dépenses de défense pour le porter à 5% de leurs PIB, ce ‌qui a conduit le président américain à menacer de suspendre le commerce entre les deux pays.

En début de semaine, Jose Manuel Albares a déclaré que le fait que Trump envisage ​publiquement de se retirer de l'alliance incitait les pays européens à envisager d'autres dispositions en matière de sécurité.

En Espagne, la position du gouvernement reste largement soutenue, les sondages montrant qu'une majorité écrasante rejette la guerre. Selon des enquêtes récentes, le Parti socialiste de Pedro Sanchez bénéficie d'un regain de ⁠popularité auprès des électeurs tandis que le parti d'extrême droite Vox, qui a soutenu les États-Unis et Israël, voit sa cote baisser.

Si Pedro Sanchez s'est félicité du cessez-le-feu négocié par le Pakistan, il a également déclaré - en référence à l'administration américaine - que l'Espagne "n'applaudirait pas ceux qui mettent le feu au monde simplement parce qu'ils se présentent avec un seau".

Jose Manuel Albares a en outre annoncé jeudi que l'Espagne rouvrirait son ambassade à Téhéran dans l'espoir de parvenir à la paix dans la région, une décision qualifiée de "honte éternelle" par son homologue israélien, Gideon Saar.

(Reportage de David Latona et Emma Pinedo, ​version française Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)