Macron serre la vis sur les manifestations avant un nouveau samedi de mobilisation information fournie par AFP 22/10/2026 à 14:17
Après une série d'interdictions de manifestations, Emmanuel Macron a annoncé jeudi que seules celles organisées par des syndicats seraient autorisées samedi, avec des tracés visant à protéger les commerces et le "calme", tout en accusant des groupes d'ultragauche d'avoir voulu "faire tomber la République" le 17 octobre.
Dans ce contexte déjà très tendu, le Premier ministre Sébastien Lecornu doit recevoir en début d'après-midi les partis à Matignon, en présence de Laurent Nuñez (Intérieur), Gérald Darmanin (Justice), des responsables des services de renseignement et des forces de l'ordre.
Le président, qui s'exprimait à la mi-journée à l'issue d'un conseil de sécurité, a affirmé que "la recommandation générale, c'est qu'il n'y ait pas de manifestation dans les jours à venir".
Les demandes formulées par "des gens qui n'ont aucune légitimité pour cela" seront refusées, a-t-il prévenu. "Ce n'est pas le moment, parce que nous voulons un retour au calme."
Celles venant d'organisations syndicales se verront proposer des circuits alternatifs pour protéger "nos centres-villes et en particulier nos commerces et nos bâtiments", a indiqué Emmanuel Macron.
Il avait convoqué l'ensemble des services de renseignement, accusés d'avoir mal anticipé la mobilisation du 17 octobre.
Le président a réclamé "la plus grande dureté" contre ces "actes de délinquance", ainsi que contre les groupes "d'ultragauche" ayant cherché, selon lui, à "faire tomber la République".
L'exécutif veut à tout prix maintenir le calme lors de la prochaine journée de mobilisation nationale samedi. "Il n'est pas envisageable que ce qui s'est passé samedi dernier puisse se reproduire", a insisté la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Pour l'éviter, le niveau de mobilisation des forces de l'ordre samedi sera "20% supérieur" à celui de la semaine passée, d'après le ministère de l'Intérieur. Blindés, militaires de la force Sentinelle et unités d'élite de police et gendarmerie seront déployés.
D'autres décisions devraient être prises vendredi lors d'un conseil de défense, selon Emmanuel Macron.
"Situation particulière"
Les interdictions de manifestations se multiplient, à la fois pour jeudi et pour samedi, à Paris, Rouen ou Toulon, même si de nouveaux rassemblements étudiants et lycéens ont eu lieu.
A Lyon, la préfecture a interdit "toute manifestation" samedi. A Paris, où un seul cortège a été autorisé entre Bastille et Nation, la Ville a appelé la population "à la plus grande vigilance face aux risques de nouvelles violences commises par des casseurs sans lien avec le mouvement social".
Dans cette perspective, Sébastien Lecornu recevra également en fin d'après-midi les maires de Paris, Lyon et Marseille afin de les rassurer sur les moyens mis en oeuvre.
Mais ces mesures, comme les couvre-feux décidés pour ramener le calme, sont dénoncées comme liberticides à gauche.
"On est face à une situation particulière", s'est justifiée Maud Bregeon, relevant que la droite les accusait au contraire d'être "laxistes".
Sébastien Lecornu sera jeudi aux premières loges pour entendre ces griefs lors de sa réunion avec les partis politiques.
Il a promis "la transparence" sur le déroulement du 17 octobre, même si cette réunion est vécue comme "une convocation" par nombre de ses invités. Des leaders comme Jordan Bardella et Marine Le Pen (RN) ou Edouard Philippe se feront d'ailleurs représenter.
LFI, accusé par le gouvernement d'attiser la colère, a fait savoir dans un courrier consulté par l'AFP qu'il réclamerait des excuses et porterait les revendications des manifestants.
Parmi celles-ci, l'abrogation de Parcoursup, des investissements de 10 milliards d'euros pour les lycéens, ou des mesures sur le coût de la vie.
Le congrès du RN sous tension
L'exécutif, critiqué pour son retard à l'allumage dans le traitement du mouvement lycéen, se démultiplie pour essayer d'endiguer la colère.
Emmanuel Macron a ainsi indiqué que le Premier ministre réunirait lundi "les organisations lycéennes, étudiantes, enseignantes, syndicales, patronales, les collectivités territoriales et les parlementaires pour que le dialogue et le travail se poursuivent sur les demandes et les revendications légitimes".
Alors que 2.000 à 3.000 commerces ont été pillés et dégradés le week-end dernier, des commerçants redoutent la journée de samedi. "L'inquiétude est maximale", a déclaré à l'AFP Pierre Bosche, président de la Confédération des commerçants de France.
Autre point de tension du week-end, le congrès du Rassemblement national à Orléans samedi et dimanche. Plusieurs dizaines de milliers de manifesta
nts, dont le premier secrétaire du PS Olivier Faure et la N.1 de la CGT Sophie Binet, sont attendus à l'appel d'organisations qui comptent protester contre le racisme.
La réponse pénale aux violences du week-end se poursuit. Dans l'affaire de l'incendie de la mairie de Limoges samedi, un deuxième suspect âgé de 66 ans a été interpellé jeudi.