Macron appelle le RN à clarifier sa ligne sur l'antisémitisme, Bardella réplique
information fournie par Reuters 30/09/2026 à 17:12

(Actualisé avec autres déclarations de Macron, Jordan Bardella, précisions)

Emmanuel Macron a appelé mercredi le Rassemblement national, sans jamais le nommer, à "clarifier" sa ligne à la suite des accusations d'antisémitisme visant le président du RN, Jordan Bardella.

En visite d'Etat en Espagne, le président français a jugé "gravissimes et inacceptables" les propos imputés au dauphin de Marine Le Pen par le site d'investigation Mediapart.

"La lutte contre l'antisémitisme est une des priorités de la République, je l'ai constamment rappelé, parce qu'elle est existentielle à la République elle-même. Et donc jamais nous n'accepterons de propos antisémites, jamais", a déclaré le président français en réponse à une question sur cette controverse politique lors d'une conférence de presse commune avec le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez.

"Les propos qui ont été rapportés sont évidemment gravissimes et inacceptables et ils ne souffrent pas quelque commentaire que ce soit, ils appellent à la condamnation la plus extrême, car ça n'est pas la République", a réagi le chef de l'Etat.

"Ils impliquent que les responsables clarifient. C'est le rôle des responsables politiques, qu'ils clarifient la ligne, les mots et les gens qui, dans leur parti, peuvent prononcer telles choses", a souligné Emmanuel Macron, sans jamais citer Jordan Bardella.

Le président a en outre déploré "la violence langagière" du RN à l'encontre de Mediapart. Marine Le Pen, candidate du parti à l'élection présidentielle de 2027, a invité mardi le média, classé à gauche, à "enfiler son costard en Kevlar parce qu'il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent". Le fibre dite "Kevlar" entre dans la fabrication des gilets pare-balles.

LA SUITE "ARRIVE"

Mercredi, à la suite des propos d'Emmanuel Macron, le président du RN lui a répondu sur X en évoquant les témoignages de soutien à Israël après les attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre 2023.

"Après le 7 octobre 2023, j’ai marché dans les rues de Paris, et me suis rendu en Israël. Pas lui", a-t-il écrit, en référence à la marche contre l'antisémitisme organisée le 12 novembre 2023 à Paris, et à laquelle le président de la République n'avait pas participé.

Le président du RN, âgé de 31 ans, a démenti lundi un article du site d'investigation l'accusant d'avoir tenu des propos antisémites dans des messages privés datant de plus d'une dizaine d'années, qualifiant ces allégations de "faux grossiers" et dénonçant une tentative de "déstabilisation".

Dans son article publié en ligne, Mediapart dit avoir examiné des dizaines de messages privés datant de datant de 2013 à 2015 – correspondant aux premières années de Jordan Bardella au Front national, futur RN – aux accents antisémites et conspirationnistes.

Mediapart cite notamment un message attribué à l'actuel président du RN disant que "toutes les banques appartiennent à des juifs".

Ces écrits présumés rompent avec la stratégie de "dédiabolisation" engagée de longue date par Marine Le Pen, candidate à l'élection présidentielle de 2027, pour mettre fin aux excès du parti cofondé par son père Jean-Marie Le Pen, décédé en janvier 2025, qui fut condamné pour racisme et antisémitisme.

L'avocat du RN et de Jordan Bardella, Me David Dassa-Le Deist, a annoncé des plaintes pour diffamation face à "un tissu de mensonges", ainsi que pour faux et usage de faux si des éléments écrits venaient à être publiés par le site.

Fabrice Arfi, co-responsable du pôle "enquêtes" de Mediapart, a défendu mercredi sur franceinfo des révélations documentées. "La suite (...) arrive", a-t-il dit.

"On ne va pas mettre la réputation du journal en jeu sur des informations aussi sensibles, si nous ne sommes pas sûrs à 200%", a-t-il plaidé, évoquant des mails et des "conversations privées sur des plateformes comme Facebook et Messenger".

(Benjamin Mallet et Sophie Louet)