Libération de gazole : ce qu'il faut savoir des "stocks stratégiques" français information fournie par Boursorama avec Media Services 09/10/2026 à 13:54
La France a annoncé mercredi mettre à disposition dix millions de barils de gazole issus de ses stocks stratégiques dans l'espoir de diminuer de 12 à 18 centimes le prix du litre à la pompe.
Où se trouvent ces stocks?
La France compte 81 sites de stockage répartis à travers le territoire. Le plus important d'entre eux est localisé en Haute-Provence, dans les cavités salines de Manosque. Ces stockages souterrains gérés par l'entreprise Géosel peuvent recevoir plus de 9 millions de mètres cubes de pétrole, soit 53% des réserves stratégiques françaises si elles sont complètes.
Le reste est stocké dans 80 autres dépots commerciaux gérés par la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (Sagess), entreprise chargée de constituer et conserver les stocks stratégiques. Ces stocks doivent correspondre à l'équivalent d'au moins 90 jours d'importations nettes.
Quelle est la part de gazole libérée ?
Le stock stratégique de gazole en France est constitué de "50 millions de barils", a expliqué la ministre de l’Énergie Maud Bregeon jeudi matin sur France Info. Il représente environ la moitié des stocks totaux de produits pétroliers.
La libération annoncée est donc d'environ 20 % des stocks de gazole et 10 % des stocks totaux.
Selon un document de la Sagess, en 2024, le reste des stocks stratégiques était constitué à 30,6 % de brut, à 9,1 % d'essence, à 7,8 % de carburéacteur pour moteurs d'avion et à 2,7 %, de fioul domestique.
En mars, l'annonce de la libération de 400 millions de barils de pétrole par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) correspondait à une déstockage de 14,5 millions de barils pour la France.
"Mais il y a eu moins de stocks libérés [par la France] que l'objectif initialement posé sur la table", a indiqué Maud Bregeon jeudi.
Les dix millions annoncés représentent "bien davantage de volume que ce que nous avons fait" en mars, a-t-elle ajouté. Fin avril, la ministre affirmait au Sénat que "1,7 million de barils" avait été libérés, soit moins de 2 % des stocks.
Quelles sont les modalités de libération des stocks ?
Sébastien Lecornu a annoncé la signature prochaine d'un décret "permettant cette opération prévue pour durer trois mois".
Une réunion se tiendra lundi avec les distributeurs pour en déterminer les modalités, a annoncé le Premier ministre jeudi sur X.
La mise à disposition des stocks de la Sagess s'effectue habituellement sous forme de prêt.
"Il ne s’agit pas de ventes", indiquait son PDG à l'Assemblée nationale en avril. "En cas de crise, ces stocks sont rendus disponibles au profit des distributeurs (...) sous forme de prêt avec une obligation de restitution sous un mois", ajoutait-il.
Mais "il est aussi possible de demander à la Sagess de procéder à la vente de ses stocks et dans ce cas, cela peut se faire au coût moyen pondéré d'acquisition, qui est très faible car les stocks sont anciens", explique de son côté le cabinet de la ministre de l'Énergie à l'AFP.
Un délai d'un an, plutôt qu'un mois, est aussi envisagé par le gouvernement pour reconstituer les stocks.
Quelle conséquence pour les prix ?
La consommation française de gazole sur trois mois s'établit à 54 millions de barils, a indiqué le gouvernement.
Les dix millions prochainement libérés auront été achetés à 0,28 euro par litre, bien moins que le prix du marché actuel, qui s'établit à 1,10 euro par litre, indique Matignon.
"L'objectif, c'est d'arriver à avoir une baisse entre douze et dix-huit centimes qui se répercute les semaines à venir au prix à la pompe", a expliqué Maud Bregeon jeudi matin.
La libération des stocks de gazole "interviendra au 1er novembre" avec un effet à la baisse des prix qui "pourrait être perçu dès le début novembre", a annoncé jeudi à Ouest-France le ministre du Pouvoir d'achat Serge Papin.
Le prix moyen du gazole était situé jeudi à environ 2,35 euros le litre, selon un calcul de l'AFP basé sur les remontées de plus de 9.000 stations.
Pour un achat de 50L de gazole, la baisse prévue par le gouvernement représenterait donc entre 6 et 9 euros d'économie.
La mesure annoncée par le gouvernement concerne aussi le gazole non routier (GNR) utilisé par les agriculteurs, les pêcheurs ou le BTP.
Mais l'essence, à près de 2,15 euros le litre de SP95-E10 jeudi, selon les calculs de l'AFP, n'est pas concernée.
"C'est sur le [carburant pour] diesel que les prix sont le plus élevés", a justifié Maud Bregeon sur France info, relevant que "les principales tensions à l'échelle internationale, et notamment sur le raffinage", concernent ce carburant.
Y a-t-il des risques de rupture d'approvisionnement ?
"Nous avons un stock stratégique suffisamment important" pour que les stocks libérés "n'impacte[nt] pas notre sécurité d'approvisionnement", a indiqué Maud Bregeon jeudi matin.
Des volumes ont été "sécurisés" auprès de l'Irak ou du Canada, a précisé la ministre.
Une mission a aussi été confiée par le Premier ministre au ministre du Commerce extérieur Nicolas Forissier "pour identifier de nouvelles sources d'approvisionnement en hydrocarbures et engager des démarches auprès des pays producteurs", a annoncé Sébastien Lecornu sur X jeudi. "Il s’agit d’anticiper sur la reconstruction" des stocks libérés, avait indiqué M. Forissier précédemment.
L’objectif est de mobiliser des volumes supplémentaires et de diversifier les sources d’approvisionnement, notamment en gazole, en carburant aérien et en gaz, selon son cabinet. Des pistes ont été identifiées dans le Golfe et au Nigeria.