Liban-Beyrouth marque les six ans de l'explosion du port, la justice avance information fournie par Reuters 04/08/2026 à 14:36
par Maya Gebeily et Emilie Madi
Le Liban marquait mardi le sixième anniversaire de l'explosion meurtrière du port de Beyrouth, ravivant les espoirs des proches des victimes et de l'opinion publique libanaise de voir enfin la justice aboutir.
L'explosion du 4 août 2020, qui a fait plus de 200 morts et détruit de vastes quartiers de la capitale, aurait été provoquée par des centaines de tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans le port.
L'enquête visant à déterminer l'origine de la présence de ces produits chimiques et à établir quelles autorités pourraient être tenues pour négligentes a toutefois été entravée à plusieurs reprises par des années d'ingérences politiques.
Des responsables judiciaires ainsi que d'anciens ministres ont multiplié les recours contre les juges chargés du dossier, paralysant de fait l'enquête.
"Dans des pays normaux, nous en aurions fini depuis longtemps et nous serions passés à une autre étape de nos vies, avec le droit de faire notre deuil", dénonce Paul Naggear, dont la fille Alexandra, surnommée Lexou, âgée de trois ans, a péri dans l'explosion.
"Tant qu'il n'y a pas de justice, la vie de Lexou n'a aucune valeur."
Un tournant est intervenu au début de l'année 2025 avec l'entrée en fonctions du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam, qui ont immédiatement promis que les responsabilités seraient établies dans cette affaire.
Peu après, le juge Tarek Bitar a pu reprendre son enquête avant de remettre un rapport d'instruction au parquet fin mars 2026.
Un haut responsable judiciaire libanais informé du dossier a confié à Reuters, sous le sceau de l'anonymat, que le rapport de Tarek Bitar comportait des accusations visant 70 personnes pour diverses infractions liées à l'explosion. Cette source n'a pas été en mesure de fournir davantage de détails afin de préserver le processus judiciaire.
Après la réponse du parquet, Tarek Bitar préparera un acte d'accusation public comportant les noms des personnes poursuivies, ce qui ouvrira la procédure de jugement, a précisé cette source.
Le ministre libanais de la Justice, Adel Nassar, a déposé mardi matin une gerbe sur un mémorial érigé dans le port.
"L'État et la justice permettent à ce dossier d'aller jusqu'au bout. C'est une nécessité pour les proches des victimes, pour les victimes elles-mêmes, pour toutes les personnes touchées et pour le peuple libanais", a-t-il assuré.
"Nous ne pouvons pas dire qu'il existe une justice au Liban si nous restons silencieux face à une catastrophe aussi majeure que l'explosion du port de Beyrouth", a ajouté Adel Nassar.
(version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)