L'UE épargne deux oligarques russes, mais sauve in extremis ses sanctions contre Moscou
information fournie par AFP 22/09/2026 à 19:27

La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas lors d'une conférence de presse en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, le 21 septembre 2026 à New York ( AFP / Leonardo MUNOZ )

L'Union européenne a sauvé mardi, in extremis, ses sanctions contre Moscou en se ralliant, à contrecœur et en dépit des critiques de Kiev, aux exigences de la France et du Luxembourg, qui ont obtenu le retrait de deux oligarques de cette liste noire.

Au terme d'un psychodrame et à seulement quelques heures de l'échéance, les représentants des 27 ont renouvelé les sanctions de l'UE contre près de 3.000 individus et entités, accusés de soutenir l'effort de guerre russe contre l'Ukraine.

Deux oligarques russes en seront toutefois exemptés: Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman.

"La décision de retirer Ousmanov et Fridman de la liste est honteuse et injustifiable", a aussitôt fulminé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiga.

L'exigence portée par la France de rayer de la liste M. Ousmanov, pourtant proche du Kremlin, a surpris à Bruxelles. Paris a invoqué des "raisons de sécurité nationale" devant ses partenaires, sans plus d'explication.

Selon un diplomate, Paris a fait pression dans le cadre d'un accord de libération de prisonniers impliquant des citoyens français détenus en Azerbaïdjan.

La France n'a jamais confirmé de telles tractations, mais Paris réclame depuis des mois la libération de l'homme d'affaires français Martin Ryan, condamné par la justice azerbaïdjanaise à dix ans de prison pour "espionnage", des accusations rejetées par la France.

Et un autre homme d'affaires français, Anass Derraz, a été condamné à 12 ans de prison en novembre 2025 à Bakou pour avoir accepté un pot-de-vin d'un oligarque russe.

Dans le sillage de la France, le Luxembourg a de son côté obtenu la radiation de l'homme d'affaires russe Mikhaïl Fridman.

Ce dernier avait initié une procédure d'arbitrage pour obtenir du Grand-Duché 15 milliards d'euros de réparations à la suite de ces sanctions de l'UE.

Les négociations ont été difficiles entre les 27, en particulier avec la Lettonie, qui à deux semaines de ses élections législatives, s'est longtemps opposée à lever les sanctions contre les deux oligarques russes.

Une énième tractation a permis de convaincre Riga de s'abstenir pour ne pas empêcher ce renouvellement des sanctions, la principale arme dont disposent les Européens face au Kremlin.

Dangereux précédent

"Ce n'était pas un choix entre une bonne et une mauvaise solution, mais entre une mauvaise et une bien pire", s'est justifié le Premier ministre letton Andris Kulbergs.

Le dirigeant dit avoir obtenu en parallèle un renforcement de la coopération avec la France en matière de défense.

"Le président Macron a accepté d'entamer des négociations avec la Lettonie concernant l'adhésion de notre pays à l'initiative française de dissuasion nucléaire", a assuré Andris Kulbergs.

L'Ukraine et plusieurs pays de l'UE ont pourtant mis tout leur poids dans la balance pour éviter la radiation des deux oligarques, la considérant comme un précédent dangereux et un mauvais signal envoyé à Moscou.

"Cela envoie vraiment le signal que l'on peut obtenir un retrait de la liste en faisant du chantage", s'était ainsi insurgé un autre diplomate européen.

Et le Kremlin n'a pas manqué de réclamer mardi la levée des sanctions européennes à l'encontre de "tous les hommes d'affaires russes".

Celles-ci consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager sur le territoire des 27 pays membres. Quelque 28 milliards de ces avoirs sont ainsi gelés dans l'UE.

Alicher Ousmanov, homme d'affaires russe d'origine ouzbèke, a fait fortune dans la métallurgie puis avec le groupe internet russe Mail.Ru. Il a été l'un des principaux actionnaires du club de football anglais d'Arsenal.

Mikhaïl Fridman est, lui, l'un des principaux actionnaires du conglomérat Alfa Group, qui comprend Alfa Bank, l'une des grandes banques de Russie, elle-même ciblée par les sanctions européennes.

Ce régime de sanctions contre Moscou doit être renouvelé tous les six mois, et les 27 ont décidé que ce délai soit étendu jusqu'à 36 mois, afin d'éviter de nouveaux psychodrames.