Les Vénézuéliens livrés à eux-mêmes après les tremblements de terre information fournie par Reuters 01/07/2026 à 16:19
par Julia Symmes Cobb
En temps normal, Alexander Delgado est professeur de sport dans une école de l'Etat d'Aragua, au centre du Venezuela.
Mais depuis une semaine, il dirige une équipe de secours composée de voisins et de bénévoles venus d'autres États, qui creusent des galeries dans les décombres d'un ensemble de logements sociaux afin de rechercher des survivants et des victimes des séismes qui ont dévasté une partie du pays.
Equipés de pelles et parfois de leur seul courage, des Vénézuéliens comme Alexander Delgado tentent de pallier la réponse jugée trop lente et inefficace des autorités face aux secousses les plus violentes que le pays ait connues depuis un siècle.
L'un des difficultés auxquelles ces bénévoles disent être confrontés est l'attitude de certains membres de l'armée et de la police qui tentent de bloquer l'arrivée de l'aide pour se l'approprier et même de piller les bâtiments endommagés.
Le ministère vénézuélien des Communications, qui centralise les questions des journalistes, n'a pas répondu aux sollicitations de Reuters.
De hauts responsables gouvernementaux ont rejeté ces accusations, affirmant que la colère de la population est attisée par de fausses informations évoquant l'implication de militaires dans des pillages ou dénonçant la lenteur de l'aide. Ils ont exhorté les Vénézuéliens à ignorer les "stratégies de manipulation sur les réseaux sociaux".
Alexander Delgado n'est pas de cet avis.
Sans aucune formation au secourisme, si ce n'est les gestes de premier secours appris dans le cadre de son travail, il s'est rendu dès le lendemain des tremblements de terre dans l'Etat de La Guaira, le plus durement touché, pour proposer son aide.
Depuis il dit n'avoir croisé sur le terrain que d'autres bénévoles ou les équipes de secours internationales : "On voit les pompiers, les secouristes mexicains de Los Topos, mais on ne sait pas où est l'Etat vénézuélien."
"NOUS DÉBROUILLER AVEC PRESQUE RIEN"
Son équipe a passé cinq jours à déblayer les décombres du complexe résidentiel "Hugo Chavez", dont six des huit tours se sont effondrées, en tendant l'oreille dans l'espoir d'entendre un signe de vie.
Mardi, six jours après la catastrophe, deux équipes de secours internationales et quelques pompiers étaient arrivés en renfort, mais les sauveteurs ne disposaient toujours pas du matériel lourd indispensable, a-t-il témoigné.
La colère des Vénézuéliens n'épargne pas la présidente par intérim Delcy Rodriguez, alors que celle-ci s'employait à consolider son pouvoir après avoir succédé à Nicolas Maduro, capturé par l'armée américaine en janvier.
"J'aimerais voir davantage de représentants des pouvoirs publics, qui sont responsables de cette situation. Mais nous avons l'habitude de nous débrouiller avec presque rien", soupire Mijaed Diaz, un vétérinaire qui a rejoint les bénévoles dans les décombres du complexe "Hugo Chavez".
Après avoir dans un premier temps remercié les volontaires, le gouvernement de Caracas a restreint vendredi l'accès à l'Etat de La Guaira, alimentant la défiance.
Dimanche, un fonctionnaire en poste le long d'une route d'accès à La Guaira a déclaré à Reuters avoir vu des policiers et des militaires réquisitionner à leur profit l'aide contenue dans trois camions.
Certains Vénézuéliens ont diffusé sur les réseaux sociaux des vidéos montrant des agents de sécurité retirer des décombres des vêtements, des appareils électroménagers et de l'argent liquide.
Reuters n'a pas pu vérifier l'authenticité de ces vidéos, mais le ministère de l'Intérieur a annoncé mardi l'arrestation et le limogeage de quatre policiers accusés de s'être livrés à des pillages, assurant qu'il s'agit de cas isolés.
(Reportage de Julia Symmes Cobb à La Guaira, avec la contribution de Cassandra Garrison et Sarah Kinosian à Mexico ; version française Tangi Salaün, édité par Benoit Van Overstraeten)