Les USA vont affranchir le canal de Panama de l'influence de la Chine, dit Hegseth
information fournie par Reuters 08/04/2025 à 21:30

par Phil Stewart

Les Etats-Unis vont affranchir le canal de Panama de l'influence de la Chine, a déclaré mardi le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, lors d'une rare visite dans le pays d'Amérique centrale, alors que le président américain Donald Trump a répété sa volonté de prendre le contrôle du canal.

A la suite de discussions avec le gouvernement panaméen, Pete Hegseth a promis de renforcer la coopération sécuritaire entre Washington et Panama, ajoutant qu'il ne serait pas permis à Pékin d'"instrumentaliser" le canal, axe important du transport maritime mondial, en utilisant les relations commerciales d'entreprises chinoises à des fins d'espionnage.

"Ensemble, nous allons affranchir le canal de Panama de l'influence de la Chine", a déclaré le chef du Pentagone depuis un embarcadère de la capitale Panama rénové avec l'aide des Etats-Unis.

"La Chine n'a pas construit ce canal. La Chine n'opère pas ce canal et la Chine n'instrumentalisera pas ce canal", a-t-il poursuivi. "Ensemble, avec le Panama en chef de file, nous maintiendrons le canal sûr et disponible pour toutes les nations".

Plus de 40% du transport américain de conteneurs, pour une valeur totale estimée à environ 270 milliards de dollars par an, passe par le canal de Panama.

Il faut remonter à plusieurs décennies pour trouver trace du précédent déplacement d'un ministre américain de la Défense au Panama, pays encore secoué par les menaces de Donald Trump depuis son retour au pouvoir à Washington en janvier.

Le président américain a exprimé à plusieurs reprises sa volonté de prendre le contrôle du canal de Panama, sans exclure de recourir à la force si nécessaire.

Selon des informations de presse, l'administration Trump a demandé à l'armée américaine de proposer des options pour garantir l'accès au canal, construit il y a plus d'un siècle par les Etats-Unis et cédé au Panama en 1999. Donald Trump dit y voir un mauvais accord pour les Etats-Unis.

UNE ADMINISTRATION ALLIÉE

Pete Hegseth a été accueilli à son arrivée par le ministre de la Sécurité publique, avant de prendre part à des réunions à huis-clos avec le président Jose Raul Mulino et d'autres représentants.

Compte-tenu du contexte, avec la rhétorique employée par Donald Trump, les enjeux de cette visite sont importants.

"Dans l'ensemble, il ne s'agit pas d'une question gagnante pour les Etats-Unis en matière de diplomatie publique au Panama", a commenté Ryan Berg, directeur du programme des Amériques au Centre d'études stratégiques et internationales.

Toutefois, des représentants américains et des experts disent penser que Washington dispose en la personne du président Mulino un allié dans sa lutte contre l'influence de Pékin.

En février, le dirigeant panaméen a annoncé une procédure formelle de retrait du pays du projet chinois de nouvelle Route de la Soie et s'est associé aux démarches entreprises par Donald Trump dans sa lutte contre l'immigration clandestine en provenance d'Amérique centrale.

Pete Hegseth a salué mardi le gouvernement de Jose Raul Mulino pour avoir compris la menace chinoise. Les commentaires du chef du Pentagone à propos du rôle de chef de file du Panama sur les questions sécuritaires semblent également être destinés à apaiser les esprits locaux.

Donald Trump a déclaré par le passé de manière erronée que la Chine opérait le canal de Panama - ce que même Pete Hegseth a démenti mardi - et a dénoncé la présence de soldats chinois.

Certains experts comprennent les préoccupations sécuritaires des Etats-Unis, en particulier à propos d'espionnage, du fait de la présence commerciale importante de la Chine au Panama. Des entreprises chinoises ont notamment un projet de construction d'un pont au-dessus du canal.

Selon d'anciens représentants américains, le canal de Panama serait un axe de passage crucial pour les bâtiments de guerre américains en cas de conflit en Asie.

Dans un tel cas de figure, même sans bloquer le canal, la Chine disposerait d'un avantage énorme en étant capable de surveiller les passages de navires.

Jose Raul Mulino a défendu la gestion du canal par l'administration panaméenne, la décrivant comme responsable pour le commerce mondial, et répété que le pays continuerait d'avoir autorité.

(Reportage de Phil Stewart, avec la contribution d'Idrees Ali; version française Jean Terzian)