Les USA irritent des ministres du G20 en conviant la Russie à une réunion information fournie par Reuters 01/09/2026 à 00:54
par David Lawder
ASHEVILLE, Caroline du Nord, 1er septembre (Reuters) - L a décision de Washington d'autoriser Moscou à prendre part lundi à une réunion des pays du 20 tout en interdisant à des journalistes d'y accéder a irrité certains ministres des Finances, avec pour effet de nuire à l'objectif initial du rendez-vous, qui devait se focaliser sur la croissance mondiale.
C'est sur fond de choc énergétique mondial, provoqué par la guerre en Iran lancée en février dernier par les Etats-Unis et Israël, que se tient la réunion de deux jours à Asheville en Caroline du Nord, mais aussi dans un contexte de tensions croissantes à l'égard de l'excédent commercial important de la Chine et d'interrogations sur la pertinence des lourds investissements dans l'intelligence artificielle (IA).
Plus tôt cette année, le niveau mondial de la dette s'est établi à près de 353.000 milliards de dollars, soit un record, nourrissant des inquiétudes sur la stabilité financière et poussant des investisseurs à réévaluer ce qu'ils considéraient comme "sûr" - par exemple les bons du Trésor américain.
"Le seul moyen pour nous de nous en sortir est par la croissance", a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, en entame de la réunion, soulignant que "le monde est submergé par la dette" accumulée notamment lors de la crise du COVID. "Je suis sûr que beaucoup de dirigeants sont très réceptifs à cela", a-t-il ajouté.
Mais alors que Scott Bessent s'exprimait, certains de ses homologues ont été surpris et consternés de voir que le ministre russe des Finances, Anton Siluanov, était assis à la table du G20 - sa première participation physique à un tel forum depuis que la Russie a envahi l'Ukraine en 2022.
Anton Siluanov a également eu un entretien bilatéral avec Scott Bessent lors duquel ils ont discuté de la coopération financière dans le cadre du G20, selon le ministère russe des Finances.
Un représentant américain a déclaré pour sa part que ces discussions ont été centrées sur le plan de paix pour l'Ukraine chapeauté par le président américain Donald Trump.
"TROUBLANT"
Rappelant que l'Europe préparait un train supplémentaire de sanctions contre la Russie, le ministre allemand des Finances a jugé que la présence d'Anton Siluanov à la réunion d'Asheville envoyait un signal "assez troublant" à propos de la coopération des Etats-Unis sur la question.
"J'aurais voulu plus de clarté de la part des Américains sur le fait qu'il (Siluanov) ne devait pas être reçu ici comme un invité normal", a dit Lars Klingbeil.
Des responsables européens ont dit s'être opposés à la traditionnelle "photo de famille" des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20, avant que celle-ci ne soit finalement effectuée sans Anton Siluanov.
Que le ministre russe des Finances soit présent en personne à Asheville marque un contraste important avec avril 2022, quand sa participation par visioconférence à une réunion du G20 à Washington avait donné lieu à une condamnation généralisée de l'invasion de l'Ukraine lancée deux mois plus tôt par Moscou. Des responsables américains, britanniques, canadiens et de la Banque centrale européenne (BCE) avaient même quitté la salle.
Une autre question a soulevé des critiques, lundi, en Caroline du Nord: la décision de l'administration américaine de ne pas accorder d'accréditations à certains journalistes, dont des équipes de Bloomberg et des reporters spécifiques du New York Times et du Wall Street Journal.
Il est "inacceptable que des journalistes ou des équipes éditoriales entières soient exclus", a dit Lars Klingbeil.
Un porte-parole du département américain du Trésor a déclaré que plus de 300 médias étaient présents pour couvrir l'événement et que parmi les journalistes figurait un autre reporter du New York Times. Pouvoir accéder à la réunion s'accompagne de "la responsabilité de rapporter des informations factuelles, conformes aux normes journalistiques établies", a-t-il ajouté.
(Reportage de David Lawder, avec la contribution de Leika Kihara et Philip Blenkinsop; version française Jean Terzian)