Les Suisses rejettent un durcissement des règles de la neutralité de leur pays information fournie par Reuters 27/09/2026 à 15:10
(Actualisation avec les résultats du vote)
Dimanche, les Suisses ont fermement rejeté une proposition pour une définition plus stricte de la neutralité de leur pays, qui aurait empêché la Suisse d'imposer des sanctions économiques ou de coopérer avec l'OTAN.
Selon les dernières estimations de la chaîne publique SRF, plus des deux tiers des électeurs se sont prononcés contre cette proposition.
N'ayant pas obtenu le soutien requis de la majorité des circonscriptions cantonales suisses, l'initiative a été de fait rejetée.
La Suisse organisait dimanche un référendum sur une initiative proposant d'inscrire une version plus contraignante de sa neutralité dans la Constitution.
Reconnue au niveau international depuis la fin des guerres napoléoniennes en 1815, la neutralité suisse est déjà inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1848. Mais la manière dont le gouvernement la met en œuvre n’est pas précisée.
L'Union démocratique du centre (UDC), parti de droite nationaliste, soutenait l'initiative. D'après le parti, opposé à l'immigration ou au rapprochement avec l'UE, la neutralité traditionnelle de la Suisse a été violée lorsque le pays a imposé des sanctions à la Russie après son invasion de l'Ukraine.
Des affiches portant l'inscription "Pas de guerre. Oui à la neutralité suisse" aux côtés d'une colombe de la paix portant un rameau d'olivier avaient été placardées dans tout le pays à l’approche du scrutin.
Des sondages suggèraient toutefois que les électeurs s'apprêtent à rejeter l'initiative. L’un des plus récents estimait que 68% des votes s'y opposeraient, contre 31% en faveur.
"Les électeurs suisses apprécient la neutralité, mais ils approuvent la manière dont le gouvernement la met en œuvre actuellement", a déclaré Fabio Wasserfallen, professeur de politique européenne à l’université de Berne.
"Ils sont également généralement favorables aux sanctions contre la Russie liées à la guerre en Ukraine, et ne souhaitent pas que cela change", a poursuivi le professeur.
L'initiative sur la neutralité soutenue par l'UDC proposait que la Suisse ne puisse adhérer à aucune alliance militaire ou défensive, ni coopérer avec une telle alliance. Elle reconnaissait qu'une coopération serait possible uniquement en cas d'attaque militaire contre la Suisse ou de préparation à une attaque.
L'initiative souhaitait aussi que la Suisse ne puisse pas prendre de sanctions contre un Etat belligérant, sous réserve des sanctions des Nations unies (ONU).
La campagne en faveur du "oui" soutenait que la neutralité suisse a servi le pays par le passé, l'épargnant par exemple lors des deux guerres mondiales, et qu’elle aidait également Berne à offrir son concours pour faciliter des négociations de paix dans le cadre de conflits.
"La Suisse a été épargnée par la guerre depuis deux cents ans parce qu'elle est armée et neutre de façon permamente", a déclaré Christoph Blocher, homme d’affaires milliardaire et membre de l’UDC qui soutenait le texte.
"Mais la neutralité est de moins en moins respectée ces dernières années", avait-il affirmé à Reuters, la Russie considérant désormais la Suisse comme une partie au conflit en raison des sanctions.
Hormis l’UDC, la plupart des partis et le gouvernement suisse s’opposaient à cette proposition. Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a déclaré qu’elle porterait atteinte à la sécurité nationale et empêcherait la Suisse de s’entraîner avec l’OTAN.
(Reportage par John Revill et Marleen Kaesebier à Zurich; version française Florence Loève)