Les stratégiques Îles Spratleys sabotées au cyanure? Les Philippines accusent la Chine d'empoisonner les eaux d'un atoll disputé information fournie par Boursorama avec Media Services 13/04/2026 à 13:07
Les autorités des Philippines ont présenté les résultats d'une longue enquête mettant en cause l'activité de navires de pêche chinois aux abords de l'archipel contesté des Spratley, contrôlé par Manille. Les occupants de ces bateaux sont notamment accusés de déverser du poison pour détruire les ressources du milieu marin dans lequel puisent les populations locales.
Théâtre d'un affrontement stratégique entre Pékin et Manille en mer de Chine méridionale, les îles Spratley subissent des tentatives d'empoisonnement comme tactique de guerre, affirment les autorités philippines. Dans une conférence de presse tenue lundi 13 avril, des responsables du Consei national de sécurité des Philippines (NSC) ont accusé des pêcheurs chinois d'avoir déversé du cyanure dans les eaux de l'archipel.
Invoquant des arguments de caractère historique, Pékin revendique la quasi-totalité des îlots de la mer de Chine méridionale, contestant notamment les conclusions d'une cour d'arbitrage internationale selon lesquelles ses revendications n'ont aucune base juridique.
Selon le Conseil national de sécurité (NSC) des Philippines, les déversements de poison ont commencé l'année dernière autour du banc Second Thomas, un atoll des îles Spartleys. Sur ce haut-fond stratégique est échoué depuis 1999 le BRP Sierra Madre, un navire délabré de la marine philippine utilisé comme avant-poste par Manille pour affirmer son contrôle de la région.
L'utilisation de cyanure "est un acte de sabotage visant à décimer les populations de poissons locales, privant ainsi le personnel de la marine d'une source de nourriture vitale" , a déclaré Cornelio Valencia, directeur général adjoint du NSC, lors d'une conférence de presse. Ce dernier a mis en avant que le personnel stationné sur le BRP Sierra Madre est aussi menacé par l'exposition aux eaux contaminées et la consommation de poisson empoisonné, a ajouté M. Valencia. Pour l'heure, aucun soldat n'a été testé positif au poison, a assuré le porte-parole de la marine philippine Roy Vincent Trinidad, indiquant que l'ampleur des dégats constatés sur les récifs de coraux suggère que l'empoisonnement pourrait avoir débuté bien avant les premières investigations.
Saboter une source cruciale pour les trouples philippines
Manille et Pékin s'affrontent régulièrement dans cette zone. En juin 2024, un marin philippin a perdu un pouce lorsque des garde-côtes chinois armés de couteaux, de bâtons et d'une hache ont fait échouer une tentative de la marine philippine de réapprovisionner ses troupes stationnées sur le banc Second Thomas.
Le ministère chinois des Affaires étrangères a qualifié lundi les accusations des Philippines de "farce". C'est "totalement invraisemblable et cela ne mérite même pas d'être réfuté", a réagi le porte-parole Guo Jiakun lors d'une conférence de presse. "Les Philippines ont illégalement harcelé des bateaux de pêche chinois qui menaient des activités de pêche normales, en volant les provisions des pêcheurs", a-t-il ajouté.
Dix bouteilles de cyanure lancées par des bateaux de pêches chinois ont été saisies par les troupes philippines en février, juillet et octobre 2025, a détaillé Roy Vincent Trinidad. Selon lui, des soldats ont vu le mois dernier un équipage chinois empoisonner les eaux près du banc de sable. Les analyses réalisées par la suite ont révélé la présence de cyanure à cet endroit, a-t-il ajouté.
Selon M. Valencia, les dommages causés au récif par le cyanure pourraient également abimer la structure du navire sur lequel sont stationnées les troupes philippines. Manille avait délibérément échoué le bateau, datant de la Seconde Guerre mondiale, pour affirmer ses revendications territoriales en 1999. Le NSC prévoit de soumettre la semaine prochaine un rapport au ministère des Affaires étrangères philippin, qui pourrait servir de base à une protestation diplomatique. Manille a également ordonné à la marine et aux garde-côtes d'intensifier leurs patrouilles.