Les salariés du privé qui votent RN sont plus nombreux, mais aussi plus isolés que les autres, selon une étude
information fournie par Boursorama avec Media Services 10/03/2026 à 16:13

( APA / BARBARA GINDL )

"Cinq France coexistent dans l'espace de travail", estiment les économistes auteurs de l'étude.

Les plus nombreux, mais aussi les plus seuls. Le RN constitue le premier parti des salariés du privé et, plus que le salaire ou la catégorie socio-professionnelle, c'est leur isolement au travail qui distingue ces salariés votant RN de leurs collègues, selon une étude d'économistes d'HEC. "L'isolement relationnel de centaines de milliers de salariés n'est pas seulement un problème de bien-être au travail ou de performance. C'est un fait politique", soulignent ces économistes - Yann Halgan, Antonin Bergeaud et Camille Frouard - dans cette étude évoquée par Le Monde lundi et consultée par l'AFP.

Menée avec l'Institut Bilendi en 2024 et 2025, à la suite des élections européennes et législatives, leur étude porte sur un échantillon représentatif de 3.909 travailleurs du secteur privé en France. "Cinq France coexistent dans l'espace de travail", estiment ses auteurs : un centre épanoui dans le travail et satisfait de son sort, une gauche modérée qui cherche avant tout à "faire collectif", une gauche radicale avec des idéaux exigeants, qui se méfie de sa direction mais fait confiance à ses collègues, une droite radicale "isolée au cœur même de l'équipe, qui ne fait confiance ni à ses collègues ni à la direction, mais qui reste fière de son travail et attend qu'on lui rende sa place, pas un autre monde", et enfin, un tiers de salariés sans aucune affiliation partisane.

Les "RN heureux" et les "RN malheureux"

Derrière ces derniers, "la droite radicale, et de façon écrasante le RN, apparaît comme le premier parti (22,6%)", souligne l'étude. Si le RN demeure plus fortement implanté chez les ouvriers (35%) et employés (25%) que chez les cadres, il devance aussi les autres partis dans cette catégorie, avec 14% de cadres sympathisants du RN - 17% de la droite radicale dans son ensemble - contre 13% respectivement pour Renaissance et LR.

Les sympathisants du RN ne constituent toutefois pas un bloc homogène. L'étude distingue les "RN heureux" (60% des salariés votant RN), bien intégrés, avec une posture pro-entreprise, des "RN malheureux" (40%), critiques de l'entreprise, défiants vis-à-vis de la hiérarchie, une fracture qui ne repose pas sur des profils sociologiques différents mais sur "la qualité de l'environnement relationnel au travail". "L'individu qui est bien entouré au travail, même mal payé, tend vers l'ouverture. Celui qui est seul dans son équipe, même satisfait de son sort, tend vers la fermeture", écrivent les économistes, estimant que "la fracture identitaire qui déchire la société française ne se réduit pas à un clivage de classe".