Les procureurs de la CPI affirment que l'ex-président philippin Duterte a tué "des milliers de personnes"
information fournie par AFP 27/02/2026 à 15:17

Des proches de victimes de la guerre contre la drogue de l'ancien président philippin Rodrigo Duterte regardent, depuis Quezon City, dans la métropole de Manille, la retransmission de l'audience à La Haye, le 26 février 2026 ( AFP / Jam STA ROSA )

Rodrigo Duterte a tué des milliers de personnes lors de sa campagne contre la drogue, a déclaré vendredi un procureur de la Cour pénale internationale (CPI), lors du dernier jour d'audiences qui détermineront si l'ancien président des Philippines sera jugé au cours d'un procès pour crimes contre l'humanité.

Son avocat Nicholas Kaufman a rétorqué qu'il n'avait assassiné personne et que l'argumentation de l'accusation reposait sur des "ouï-dire" et "conjectures" insuffisantes pour confirmer les accusations.

Avant lui et résumant les arguments de l'accusation, le procureur Julian Nicholls a affirmé: "Il est fier de ses meurtres. Il veut qu'on se souvienne de lui pour cela".

"Pendant des décennies, il a assassiné son propre peuple, assassiné les enfants des Philippines, et il prétend avoir fait tout cela pour son pays. Il ne le nie pas", a-t-il poursuivi.

M. Nicholls a soutenu que M. Duterte avait dirigé pendant 20 ans un "escadron de la mort" dans la ville de Davao (sud), avant de devenir président.

"Il avait promis de tuer des milliers de personnes et il l'a fait", a conclu le procureur.

Un panel de trois juges a entendu pendant quatre jours les arguments des procureurs, de la défense et des représentants des victimes.

A l'issue de ces audiences dites de "confirmation des charges", la juridiction basée à La Haye aura 60 jours pour décider si l'ancien homme fort de Manille sera jugé au cours d'un procès.

M. Duterte, 80 ans, a été absent tout au long des audiences, son avocat affirmant qu'il est trop faible pour y assister.

Me Kaufman a expliqué que lors d'une visite visant à lui expliquer la procédure, son client "avait perdu toute envie de me suivre en moins d'une minute".

M. Duterte est inculpé de trois chefs d'accusation de crimes contre l'humanité pour sa "guerre contre la drogue", lorsqu'il était maire de Davao City, puis président des Philippines.

Les procureurs ont présenté 76 cas de meurtres présumés, une "fraction emblématique" selon eux des personnes tuées, dont le nombre s'élèverait à plusieurs milliers d'après les organisations de défense des droits humains.

M. Kaufman a résumé son propos en déclarant que son client ne pouvait être blâmé que de son "choix de langage inapproprié".

Des proches des victimes de la guerre contre la drogue de l'ancien président philippin Rodrigo Duterte donnent une représentation théâtrale, dans une université de Manille, le 24 février 2026 ( AFP / Jam STA ROSA )

"Mais il n'a assassiné personne", a insisté M. Kaufman, exhortant les juges à ne pas confirmer les charges et à libérer l'ancien homme d'Etat afin qu'il puisse "vivre le reste de ses jours en paix" aux Philippines.

Gilbert Andres, avocat représentant les victimes, a quant à lui déclaré que ses clients avaient vécu les réfutations de la défense "comme si leurs proches assassinés l'étaient à nouveau".

Il a demandé au tribunal de confirmer les charges afin que les victimes puissent "réintégrer leurs communautés".

Les juges pourront confirmer toutes les charges et procéder au procès, rejeter certaines charges ou rejeter purement et simplement l'affaire, auquel cas M. Duterte serait libéré.