Les parents de la "petite martyre de l'A10" jugés 39 ans après sa mort information fournie par AFP 02/11/2026 à 02:27
La fin d'une interminable attente: les parents d'Inass Touloub, fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10, comparaissent lundi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois, 39 ans après les faits.
L'audience doit s'ouvrir à 09H30. Le procès marque l'aboutissement d'un des plus anciens "cold cases" français, objet de plusieurs livres et séries documentaires. Il est prévu pour durer jusqu'au 18 novembre.
Inass Touloub fut surnommée "la petite martyre de l'A10" en raison des nombreuses traces de sévices découvertes sur son corps. Sa mère sera jugée pour "torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort" sans intention de la donner, le père pour "complicité".
Âgés respectivement de 72 et 74 ans, ils encourent tous deux la réclusion criminelle à perpétuité.
L'affaire démarre le 11 août 1987 avec la découverte de la dépouille mutilée de la fillette dans un fossé de l'A10 par deux agents de l'autoroute à Suèvres, village du Loir-et-Cher entre Orléans et Tours.
Personne n'avait signalé sa disparition.
Le mystère sur l'identité de la victime et les auteurs du crime, non élucidé pendant plus de 30 ans, ont longtemps alimenté la chronique judiciaire.
Le corps portait des traces de violences, dont des brûlures dues à un fer à repasser et des cicatrices liées à des morsures humaines, attribuées à une femme, selon les constatations des médecins légistes consultées par l'AFP.
À court de pistes, la gendarmerie avait lancé le plus grand appel à témoin jamais initié en France pour tenter d'identifier la fillette. Son signalement avait été diffusé dans plus de 30 pays et sa photographie placardée dans 65.000 écoles et 30.000 mairies.
"Dignité"
Deux ordonnances de non-lieu rendues en 1991 et 1997 après des recherches infructueuses avaient laissé cette affaire non résolue.
Mais en 2018, plus de 30 ans après les faits, les enquêteurs parviennent à remonter jusqu'aux parents, grâce à un prélèvement ADN effectué sur le frère de la victime dans une affaire de violence.
La comparaison avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) révèle une correspondance avec des traces ADN retrouvées sur les vêtements de la petite Inass et sur la couverture dans laquelle elle était enveloppée.
La victime est identifiée et ses parents interpellés en juin 2018.
Il faudra pourtant attendre huit années de plus avant la tenue du procès. Plusieurs recours des parents et du parquet de Blois contre l'ordonnance de mise en accusation du juge d'instruction ont retardé la procédure.
En septembre 2024, la Cour de cassation a finalement ouvert la voie à un procès et validé les chefs d'accusations initiaux.
Halima El Bakhti, la mère, devra répondre d'actes "volontaires, nombreux et échelonnés dans le temps" ayant conduit à la mort de sa fille, selon un rapport des enquêteurs consulté par l'AFP.
Jugé pour "complicité", son mari, Ahmed Touloub, est, lui, soupçonné d'avoir eu "connaissance des violences" exercées par sa femme.
Pendant leur garde à vue, les parents, qui ont eu au total sept enfants, dont Inass, n'ont pas reconnu être les auteurs des violences ayant entraîné la mort de leur fille, s'accusant mutuellement de violences conjugales.
La petite Inass, qui serait aujourd'hui âgée de 43 ans, repose au cimetière de Suèvres, près du lieu de la découverte du corps. Les habitants de la commune continuent d'entretenir et de fleurir sa tombe régulièrement.
Le procès "est une première étape pour redonner un peu de dignité à cette fillette qui a perdu son identité", a estimé auprès de l'AFP Agathe Morel, avocate de l'association Enfance et partage.
Quelque 80 journalistes ont été accrédités.