Les Palestiniens de Cisjordanie disent approcher du point de rupture face aux colons information fournie par Reuters 27/07/2026 à 17:37
par Pesha Magid
Pour les habitants des villages palestiniens de Cisjordanie, le territoire occupé par Israël est au bord de l'explosion avec la multiplication des incursions de colons juifs et des affrontements, comme celui qui a fait six morts vendredi.
L'armée israélienne a arrêté des dizaines de personnes et bloqué de nombreuses routes en Cisjordanie à la suite de l'incident survenu dans le village de Tell, au sud-ouest de Naplouse, où quatre Palestiniens et deux Israéliens, dont un colon, ont été tués par balles.
Lundi matin, la plupart des accès à Tell, aux villages voisins et à Naplouse étaient bloqués, au moins partiellement, contraignant les Palestiniens à patienter dans de longues files d'attente pour espérer franchir les barrages israéliens.
La fusillade de vendredi est survenue lorsque des habitants de Tell se sont opposés à un groupe de nombreux colons armés qui, selon les villageois, tentaient d'entrer dans les maisons du bourg. L'armée israélienne a fait état d'une "violente confrontation" entre plusieurs dizaines de Palestiniens et de civils israéliens au cours de laquelle des coups de feu ont été tirés des deux côtés.
Le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu a qualifié les faits de terrorisme mais les Palestiniens affirment que les villageois n'ont fait que se défendre contre une nouvelle attaque de colons voulant les expulser de leur terre.
Ahmed Ramadan, père de l'un des Palestiniens tués, affirme que les colons ne cessent de s'en prendre à sa maison en lisière de Tell au milieu des collines de Cisjordanie.
"Ils disent que nous sommes des terroristes. Nous ne sommes pas des terroristes", s'indigne cet homme de 71 ans. Il raconte à Reuters que le colon tué vendredi, Benayahu Mellet, un réserviste de l'armée israélienne qui exerçait en tant que coordinateur de la sécurité dans l'implantation voisine de Havat Gilad, s'était déjà présenté chez lui en lui criant de partir en Syrie ou en Jordanie.
OLIVIERS ET FIGUIERS ABATTUS
Ahmed Ramadan dit cependant n'avoir aucune intention de s'en aller. "Même si nous mourons, nous mourrons ici sur notre terre. Nous ne sommes pas prêts à quitter ce pays", déclare-t-il.
Assis chez lui avec ses autres fils, il affirme que les villageois se tiennent prêts en cas de retour des colons. "S'ils viennent, nous les affronterons face à face, même s'ils nous tuent", dit-il.
Les autorités israéliennes ont dans un premier temps présenté l'incident de vendredi comme une attaque de Palestiniens contre des randonneurs marchant près du village, situé dans le Secteur A de la Cisjordanie, une zone sous contrôle palestinien où les Israéliens n'ont généralement pas le droit d'entrer.
Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux montre des colons armés de fusils et bousculant des habitants en s'approchant du village. Reuters n'a pas pu vérifier l'authenticité de cette vidéo.
Des Palestiniens de Tell disent avoir été attaqués en premier avant que l'un d'eux n'arrache une arme à un colon.
L'incident obéit à un scénario récurrent en Cisjordanie, où des groupes de colons se rassemblent près de villages palestiniens, en menacent et harcèlent les habitants tandis que, généralement, les soldats israéliens se contentent d'observer en spectateurs.
De telles démonstrations de force sont devenues de plus en plus fréquentes ces derniers mois alors que des ministres du gouvernement Netanyahu évoquent ouvertement une annexion de la Cisjordanie, qu'Israël occupe depuis la Guerre des Six-Jours en 1967.
Des journalistes de Reuters ont pu voir lundi des troncs d'arbres fraîchement coupés dans des champs proches de Tell. Des habitants disent qu'après les violences de vendredi, des colons sont venus abattre des oliviers et des figuiers.
D'après les données des Nations unies, 18 Palestiniens sont morts depuis le début de l'année dans des incidents liés à des attaques de colons, contre 17 sur l'ensemble de 2025. L'Autorité palestinienne recense pour sa part au moins 20 Palestiniens tués par des colons cette année.
LES COLONS SE RAPPROCHENT INEXORABLEMENT
Les habitants de Tell disent que leur village a été la cible de plusieurs raids militaires israéliens depuis vendredi, au cours desquels entre 60 et 80 personnes ont été arrêtées. Une trentaine d'entre elles sont toujours détenues, selon Munser Chtayya, maire adjoint.
Des témoins rapportent que, aux premières heures de la journée de lundi, les forces israéliennes ont expulsé un homme de chez lui à la limite du village. Les journalistes de Reuters ont pu voir deux militaires debout sur le toit de cette maison.
"Toute l'armée est là dans les rues", dit Kamal Chtayya, un habitant de Tell âgé de 55 ans.
A l'approche des élections législatives prévues en octobre en Israël, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a multiplié les autorisations de développement de colonies.
Comme les Palestiniens, les Nations unies et la majeure partie de la communauté internationale considèrent ces colonies comme illégales au regard du droit international. Israël affirme au contraire que la Cisjordanie est un territoire contesté et revendique des droits bibliques sur cette terre.
"Je suis patient, nous serons patients, patients et encore patients, mais au bout d'un moment, la patience arrive à bout. Elle s'en va, ça ne marche pas", dit Ahmed Chtayya, un fermier de 72 ans à Tell. "Tout être humain se défend."
Comme beaucoup de fermiers palestiniens, Ahmed Chtayya, qui cultive des tomates, des figues et des aubergines, voit les colons se rapprocher inexorablement. Il raconte que certains sont venus le voir pendant qu'il travaillait dans ses champs pour lui dire que cette terre était israélienne.
Quelques centaines de mètres plus loin le long de la route se trouvent les vestiges calcinés d'une maison attaquée par des colons une semaine auparavant, dit le maire adjoint.
"J'en suis venu au point suivant. S'ils veulent continuer ainsi, il doit y avoir une explosion, sinon quoi d'autre ?", dit-il.
(version française Bertrand Boucey, édité par Benoit Van Overstraeten)