Les nuages diplomatiques s'accumulent aussi pour Macron information fournie par AFP 16/10/2026 à 13:42
Emmanuel Macron a encaissé plusieurs déconvenues diplomatiques, avec le report des élections palestiniennes et surtout un nouveau revirement de Donald Trump sur l'Ukraine, compliquant encore ses derniers mois élyséens déjà plombés par l'accumulation des crises nationales.
Le président français a exhorté jeudi les Européens à donner "à l'Ukraine tous les moyens nécessaires pour se défendre", depuis Bruxelles où il a rencontré son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky et participe jusqu'à vendredi à un sommet européen. Mais il s'est gardé, pour l'instant, de critiquer ouvertement le président américain.
Emmanuel Macron en avait pourtant fait le principal "succès" de son sommet du G7, en juin à Evian: une "reconvergence" entre les Etats-Unis et les Européens dans le soutien à Kiev, après des mois d'atermoiements américains.
"Un changement très profond", se félicitait-il. Le fruit d'un patient travail diplomatique, expliquait-on à Paris, mené depuis l'humiliation subie par Volodymyr Zelensky début 2024 dans le Bureau ovale, pour convaincre Donald Trump que le "looser" était le Russe Vladimir Poutine plutôt que l'Ukrainien.
Depuis la semaine dernière, ce repositionnement fragile est remis en cause, à tel point que Volodymyr Zelensky a reconnu s'être senti trahi après un accord surprise entre Washington et Moscou pour l'achat massif de diesel russe, qui va à l'encontre de plus de quatre ans de sanctions.
Dos rond
"Toute accalmie avec Trump ne tient que quelques semaines ou mois", avant de "revenir à une position qui tente de satisfaire les intérêts russes", constate Liana Fix, chercheuse au cercle de réflexion Council on Foreign Relations.
Malgré leurs efforts constants, les dirigeants européens "ne peuvent guère faire plus que tenter de résister", dit-elle à l'AFP. D'autant que certains, "notamment en France et en Allemagne, n'ont plus vraiment la capacité de consacrer autant d'énergie à repousser en permanence les initiatives américaines, en raison de leur propre situation intérieure".
De fait, Emmanuel Macron bat un record d'impopularité, confronté à une accumulation de crises qui ternissent la fin de son double quinquennat, des lycéens au prix du carburant en passant par des turbulences financières.
Face aux coups de boutoir américains à l'"unité" vantée au G7, la France a en tout cas décidé de faire le dos rond, pour l'instant au moins.
"Ça fait bien longtemps que l'Europe" assume "l'essentiel du soutien à l'Ukraine et de la pression sur la Russie", a plaidé jeudi sur France Inter le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot. "Les deux-tiers du renseignement qui est fourni à l'Ukraine l'est aujourd'hui par les Européens et singulièrement par la France."
Avec Donald Trump, "il y a des hauts et des bas", tente-t-on de minimiser côté français. "Il faut tenir la position, avec calme et constance", ajoute un proche d'Emmanuel Macron, suggérant une forme d'attentisme jusqu'aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis début novembre.
Vue de Paris, cette échéance compliquée pour le camp du président américain pourrait avoir motivé ses dernières prises de position, pour faire refluer le prix du gazole et le mécontentement des électeurs. Surtout, une défaite au Congrès pourrait limiter la capacité à agir de Donald Trump.
Test européen
Cela vaut aussi pour le conflit avec l'Iran, principale cause de l'envolée des prix à la pompe qui pèse aussi sur l'exécutif français.
Emmanuel Macron a orchestré un accord du G7 pour libérer une partie des stocks stratégiques de pétrole dans l'espoir de faire baisser les cours, une avancée saluée par Washington.
En revanche, sa décision d'envoyer des moyens militaires en Arabie saoudite pour protéger un site pétrolier stratégique des attaques des rebelles yéménites s'avère limitée face à l'ampleur prise depuis par ce conflit.
Elle reste "pertinente" pour "apparaître comme une puissance crédible au Moyen-Orient", même si "plus l'escalade s'intensifie, plus les risques augmentent de se retrouver happé dans le conflit" malgré une "posture purement défensive", analyse Camille Lons, de l'European Council on Foreign Relations.
Ces difficultés s'ajoutent au désaveu infligé par l'Autorité palestinienne, qui a reporté ses élections législatives, pourtant présentées par Emmanuel Macron comme un engagement-clé arraché lorsqu'il a reconnu l'Etat de Palestine il y a un an.
Une figure macroniste en fait l'amer constat: "sa capacité à peser sur la scène internationale s'étiole peu à peu", "la fin va être compliquée pour lui".
En Europe, s'il s'est félicité vendredi d'un accord avec l'Allemagne "pour assurer l'avenir du secteur automobile européen", le test ultime sera sa capacité à obtenir un budget de l'UE "ambitieux" avant la présidentielle. Au sommet de Bruxelles, le bras de fer franco-allemand a tenu ses promesses, et la négociation est restée bloquée.