Les Iraniens quittent le lieu des discussions après un message "insultant" de Trump
information fournie par AFP 21/06/2026 à 21:15

Le vice-président américain JD Vance (g), le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (c) et le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al-Thani, à l'ouverture d'une réunion quadrilatérale entre les États-Unis, l'Iran, le Pakistan et le Qatar, au complexe hôtelier de luxe Bürgenstock, le 21 juin 2026 en Suisse ( POOL / Fabrice Coffrini )

La délégation iranienne a quitté dimanche le lieu où se tiennent des pourparlers avec les Etats-Unis en Suisse, après un message jugé "insultant" de Donald Trump selon un média d'Etat, témoin des tensions entourant ces négociations déjà fragilisées par les hostilités au Liban.

Les discussions doivent aboutir, sous un délai de 60 jours renouvelables, à un accord final pour mettre un terme au conflit au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février et qui a causé des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.

Selon l'agence gouvernementale Irna, la délégation iranienne a "quitté le bâtiment où se déroulaient les négociations", qui étaient entrées "dans une phase difficile après 80 minutes de discussions et une interruption, à la suite de la publication d'un message insultant du président des Etats-Unis".

Toutefois, selon un diplomate proche des négociations, les Iraniens restent "engagés" dans les négociations, menées sous médiation du Pakistan et du Qatar.

La délégation "n'a pas communiqué aux médiateurs d'intention de partir", a indiqué ce diplomate sous couvert d'anonymat.

Sur sa plateforme Truth Social, le président américain avait enjoint Téhéran d'empêcher ses alliés au Liban, en référence au Hezbollah, de "causer des problèmes", sans quoi les Etats-Unis reprendraient leurs frappes.

"Ils feraient mieux de peser leurs mots; nos forces armées sont prêtes à leur répondre autrement", avait rétorqué sur X l'influent chef de l'équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Selon les termes du protocole d'accord américano-iranien signé mercredi dernier, les deux parties doivent "se garder de menacer d'avoir recours à la force l'un contre l'autre".

"Nouvelle page"

Ces mises en garde réciproques ont été publiées peu après l'ouverture des pourparlers à l'hôtel de Bürgenstock, surplombant le lac de Lucerne au centre de la Suisse.

Elles devraient durer "quelques jours", selon le vice-président américain JD Vance présent sur place, mais qui ne peut rester "qu'un jour ou deux" en Suisse, où se trouvent également l'émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner.

JD Vance a qualifié ces négociations "d'historiques" et espéré qu'elles permettent "de tourner une nouvelle page afin de transformer notre relation avec le peuple iranien".

Mais les différends sont nombreux, notamment sur le programme nucléaire iranien, qui empoisonne les relations bilatérales depuis des décennies.

Selon la télévision d'Etat iranienne, il n'en a pas été question pendant la première session de discussion. Cette même source a affirmé que la délégation iranienne avait refusé de poser pour une photographie avec les représentants américains.

Le ministre iranien des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi (c) et le président du Parlement islamique d'Iran, Mohammed Bagher Ghalibaf (2e d), arrivent pour une réunion quadrilatérale entre les États-Unis, l'Iran, le Pakistan et le Qatar au complexe hôtelier de luxe Bürgenstock le 21 juin 2026 en Suisse ( POOL / URS FLUEELER )

Les discussions s'ouvrent aussi à l'ombre des affrontements entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui se sont poursuivis vendredi et samedi au Liban, en dépit d'une clause de l'accord-cadre prévoyant la fin des hostilités sur tous les fronts, et après la nouvelle fermeture, en représailles, du détroit d'Ormuz annoncée samedi par Téhéran.

Des frappes de l'armée israélienne, qui occupe une partie du sud du Liban, ont fait au moins 30 morts samedi.

Aucun accord avec les Etats-Unis n'est possible sans cessation des hostilités au Liban, a averti le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

"Aussi longtemps que nécessaire"

L'armée israélienne restera dans le sud du Liban "aussi longtemps que nécessaire", a assuré le Premier ministre Benjamin Netanyahu. De son côté, le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a refusé toute zone de sécurité israélienne dans le sud de son pays.

Des bâtiments détruits par des frappes aériennes isaréliennes sur Nabatiyé, le 21 juin 2026 dans le sud du Liban ( AFP / Abbas FAKIH )

Plus optimiste, M. Vance a assuré dimanche avoir constaté que "des progrès considérables" avaient été réalisés ces derniers jours "pour faire en sorte que le cessez-le-feu tienne au Liban".

Depuis samedi, "une trêve fragile est en vigueur", a relevé M. Baghaï, alors que les opérations israéliennes au Liban ont fait 4.106 morts depuis début mars, selon Beyrouth, et que l'armée israélienne y a recensé 36 militaires tués.

Possible signe de détente, Israël a annoncé la levée, à partir de lundi matin, de toutes les restrictions de rassemblement liées à la guerre dans le nord du pays, près de la frontière avec le Liban.