Les îles grecques confrontées à la sécheresse en pleine saison touristique
information fournie par Reuters 16/07/2026 à 13:53

par Angeliki Koutantou

Plusieurs îles grecques de la mer Égée, dont Astypalée, ont déclaré l'état d'urgence en raison de la sécheresse qui sévit cette année et menace leurs ressources en eau, le changement climatique rendant les précipitations plus irrégulières.

Les autorités locales en viennent à se demander s’il pleuvra en 2027, s'il y aura assez d'eau en réserve pour les habitants, mais aussi pour les milliers de touristes qui arpentent les îles chaque année.

Confrontée à un "stress hydrique", la petite île d’Astypalée (ou Astypalea), la plus occidentale du Dodécanèse, a été placée en zone orange par l’Observatoire européen de la sécheresse.

Le "papillon" de la mer Egée n'a pu bénéficier des précipitations qui ont touché le nord et l’ouest de la Grèce et connaît sa deuxième saison la plus sèche depuis 2020.

"Si nous recueillions toute l’eau tombée au cours de l’année dans un seau ou une bassine, elle atteindrait 2,5 cm de hauteur", déplore le maire de la chora d'Astypalée Nikos Komineas, contemplant un lac artificiel entouré de collines arides parsemées de maigres buissons, le seul réservoir d’eau de l’île construit au milieu des années 1990.

LA CONSOMMATION D'EAU GRIMPE EN FLÈCHE EN ÉTÉ

Le lac artificiel alimente en eau les ménages et les systèmes d’irrigation de Livadi, principale localité touristique de l'île, ainsi que la Chora, "capitale" perchée sur un promontoire rocheux.

La retenue d'eau ne contient plus aujourd’hui que 150.000 mètres cubes, soit un sixième de sa capacité de stockage.

Avec une consommation quotidienne d’environ 900 mètres cubes en été, ces réserves suffiraient pour environ cinq mois et demi.

Les autorités ont déclaré l’état d’urgence hydrique en mai afin d’accélérer la mise en service d’une usine de dessalement temporaire d’une production quotidienne de 600 mètres cubes pour la Chora, et ont suspendu l’irrigation pour les agriculteurs de Livadi afin de préserver les réserves du lac jusqu’à l’automne, explique Nikos Komineas.

Des dizaines d’usines de dessalement, très demandeuses en énergie, sont installées sur les îles grecques. Le maire d’Astypalée explique que ces infrastructures constituent une solution de secours en cas de sécheresse, tout en admettant qu’elles sont coûteuses.

LES HÔTELS TENTENT D'ÉCONOMISER L’EAU

Des hôteliers d’Astypalée ont déjà pris des mesures pour économiser l’eau. Carolina Alkalai, 42 ans, gérante d'un hôtel à la Chora, offre un bon de cinq euros aux clients qui renoncent au service de ménage quotidien.

"Les clients ont bien accueilli cette initiative", témoigne-t-elle. Elle envisage d’ouvrir un deuxième hôtel sur l’île, qui serait équipé d’une citerne capable de recueillir l’eau de pluie à la place d’une piscine ou d’un jacuzzi.

Le ministre grec de l’Environnement, Stavros Papastavrou, a débloqué une aide de 15 millions d’euros pour des projets de dessalement, la modernisation du réseau et l’installation de réservoirs d’eau sur neuf des quelque 200 îles habitées de Grèce, dont 1,5 million d’euros pour Astypalée.

Au nombre des îles classées cette année en état d'urgence comme Astypalée : Karpathos, Tinos, Alonissos, Symi, Corfou, Leros, Meganisi, Patmos, ou encore Égine.

"Pour la Grèce, l’eau n’est pas une question théorique : c’est une question de sécurité, de croissance économique et de protection des communautés locales", a expliqué Stavros Papastavrou lors de la réunion du Conseil "Environnement" de l’Union européenne à Luxembourg au mois de juin.

Le Centre national de recherche scientifique "Demokritos", à Athènes, a indiqué que la sécheresse pourrait s’aggraver d’ici 2049 en raison de la hausse des températures mondiales, ce qui accentuerait la pénurie d’eau sur ces îles déjà vulnérables.

(Rédigé par Louisa Gouliamaki et Stamos Prousalis; Version française Rihab Latrache, édité par Sophie Louet)