Les Hongrois votent en masse pour décider de l'avenir d'Orban
information fournie par Reuters 12/04/2026 à 19:10

(Actualisé avec fermeture des bureaux de vote)

par Gergely Szakacs et Krisztina Than

Les Hongrois ont voté en masse dimanche lors d'élections législatives susceptibles de mettre fin à 16 années de pouvoir du Premier ministre nationaliste Viktor Orban, figure de proue en Europe de ce que ses détracteurs qualifient de "démocratie illibérale", à la fois proche de la Russie de Vladimir Poutine et soutenu par les Etats-Unis de Donald Trump.

Les bureaux de vote ont fermé à 19h00 (17h00 GMT) et, en l'absence d'estimations sur la base de sondages à la sortie des urnes, les résultats seront progressivement connus au fur et à mesure du dépouillement.

Des enquêtes publiées après la fermeture des bureaux de vote mais réalisées dans les jours précédant le scrutin accordent 55% à 57% des intentions de vote à Tisza, parti d'opposition de centre droit emmené par Peter Magyar, loin devant le Fidesz de Viktor Orban.

Les instituts de sondage s'attendent aussi à une participation record depuis la chute du régime communiste en 1989. Elle était de 77,8% des électeurs inscrits à 18h30, contre 67,8% à la même heure en 2022, selon les autorités électorales.

Les chaînes de télévision ont montré des images de longues files d'attente devant certains bureaux de vote à Budapest.

Après avoir voté dans la capitale, Peter Magyar, âgé de 45 ans, a déclaré que les Hongrois avaient un choix historique à effectuer "entre l'Est et l'Ouest", tout en invitant les électeurs à signaler toute irrégularité.

"La fraude électorale est un crime très grave", a-t-il dit.

Peter Magyar s'est dit confiant dans sa victoire, estimant que la seule incertitude portait sur l'ampleur de la majorité, simple ou des deux-tiers, de Tisza au sein de l'Assemblée nationale composée de 199 élus. Une majorité des deux-tiers permettrait de modifier la Constitution.

Viktor Orban, large vainqueur des quatre dernières élections législatives, a déclaré pour sa part après avoir voté dans le même quartier de Budapest que la Constitution hongroise devait être respectée, tout comme "la décision du peuple".

VOTE SUIVI DE PRÈS À BRUXELLES

A 62 ans, le Premier ministre sortant souffre non seulement d'une forme d'usure du pouvoir au yeux de nombreux Hongrois mais aussi de trois années de stagnation économique et d'augmentation du coût de la vie, ainsi que de soupçons d'enrichissement d'hommes d'affaires jugés proches du gouvernement.

Lors des dernières élections législatives de 2022, le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme de l'OSCE n'avait pas fait état d'irrégularités mais avait pointé un manque d'équité entre les candidats.

Viktor Orban a présenté le scrutin comme un choix entre "la guerre et la paix". Durant la campagne électorale, le gouvernement hongrois a inondé le pays d'affiches avertissant que le chef de Tisza entraînerait la Hongrie dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine, ce que Peter Magyar dément catégoriquement.

Le vote est suivi de près à Bruxelles et dans les capitales européennes, où de nombreux dirigeants critiquent Viktor Orban, ce dernier ayant exaspéré ses partenaires de l'Union européenne au sujet de l'Ukraine récemment, avec notamment le blocage d'un prêt de 90 milliards d'euros pour Kyiv.

Viktor Orban a reçu le soutien de l'administration américaine, notamment lors de la visite mardi du vice-président américain JD Vance à Budapest.

La campagne électorale de Viktor Orban a toutefois été ébranlée par des informations parues dans les médias selon lesquelles son gouvernement aurait agi de concert avec Moscou.

Viktor Orban, qui dément toute faute, affirme que son objectif est de protéger l'identité nationale de la Hongrie et ses valeurs chrétiennes traditionnelles au sein de l'Union européenne, ainsi que la sécurité du pays dans un monde dangereux.

Peter Magyar a su tirer parti du mécontentement suscité par les allégations de corruption au sein de l'Etat et la baisse du niveau de vie, les jeunes électeurs ayant particulièrement envie de changement.

Les analystes estiment toutefois que l'issue du scrutin reste incertaine, notamment en raison du nombre d'électeurs indécis, du redécoupage électoral favorable au Fidesz et d'une forte proportion de Hongrois de souche dans les pays voisins, qui soutiennent majoritairement le parti au pouvoir.

VOIR AUSSI: LE POINT sur les élections législatives en Hongrie

(avec Krisztina Than, Anita Komuves, Lili Bayer, Thomas Holdstock et Judith Langowski; rédigé par Justyna Pawlak, version française Camille Raynaud, Zhifan Liu et Bertrand Boucey)