Les grandes dates de l'A69, emblème des luttes écologiques
information fournie par AFP 06/11/2026 à 17:31

Heurts entre manifestants et forces de l'ordre lors d'une Turbo-Teuf contre l'A69 à Maurens-Scopont, dans le Tarn, le 5 juillet 2025 ( AFP / Ed JONES )

Avant même les premiers coups de pioche, au printemps 2023, l'A69 entrée en service vendredi restera, à l'instar de Sainte-Soline ou de Notre-Dame-des-Landes, un emblème national des luttes écologiques, sur le terrain comme devant les tribunaux.

Voici les grandes dates de l'axe de 53 km entre Toulouse et Castres, voulu par l'État et la majorité des élus locaux pour "désenclaver" le sud du Tarn.

Printemps 2023: les premiers coups de pioche

Le maître d'oeuvre des travaux, Atosca, aujourd'hui concessionnaire de l'A69, lance au printemps 2023 le chantier de l'autoroute à péage sans barrière, censée raccourcir d'une vingtaine de minutes un trajet d'environ une heure quinze.

Mais la contestation du projet démarre deux ans auparavant, avec une manifestation en juin 2021 d'opposants qui le qualifient d'"aberration écologique et financière".

Elle prend différentes formes : manifestations, grèves de la faim, occupations d'arbres au cœur de Zones à défendre (ZAD) et recours juridiques.

En novembre 2022, c'est l'Autorité de régulation des transports qui conteste pour "vice de procédure" un contrat lié à une bretelle d'accès à l'A69.

En avril 2023, les anti-A69 se réunissent pour un weekend de protestation, suivi d'une mobilisation d'importance en octobre, marqué pour la première fois par des affrontements avec les forces de l'ordre.

Les militants écologistes et des scientifiques dénoncent les destructions de zones humides, de terres agricoles, d'arbres, d'écosystèmes et de nappes phréatiques provoquées par la construction du segment autoroutier.

Été/automne 2024 : les tensions enflent

Au cours de l'été, des tensions entre pro et anti-A69 éclatent, dans une région où cette autoroute est vue par les uns comme un outil de développement territorial, par les autres comme une infrastructure anachronique à l'ère de la crise climatique.

Des engins de chantier sont incendiés et des affrontements avec les forces de l'ordre surviennent lors de grands rassemblements qui réuniront jusqu'à 4 à 5.000 opposants en juin.

Février 2025: les anti-A69 remportent une victoire

Un véhicule blindé de gendarmerie près de la Zad de l'A69 à Maurens-Scopont dans le Tarn le 4 juillet 2025 ( AFP / Matthieu RONDEL )

Le tribunal administratif de Toulouse, saisi par des opposants, annule l'autorisation environnementale du chantier, par son jugement du 27 février, qui conduit à l'interruption totale et immédiate des travaux. C'est une victoire "historique" pour La Voie est libre (LVEL), principal collectif anti-A69.

L'État et le concessionnaire font appel devant la justice administrative.

Été 2025: le chantier reprend

Avant de se prononcer au fond, la cour administrative d'appel de Toulouse suspend en mai l'exécution du jugement de février et autorise la reprise des travaux. Les pelleteuses se remettent progressivement en marche en été après quatre mois d'arrêt.

Début juillet, une turboteuf réunit près d'un millier d'opposants et tourne brièvement à la confrontation avec les forces de l'ordre près du chantier.

Décembre 2025 : victoire judiciaire pour les pro-autoroute

La cour administrative d'appel de Toulouse casse le jugement de février et valide l'autorisation environnementale du chantier, permettant la poursuite des travaux. "Incompréhensible" pour LVEL, qui se pourvoit en cassation.

L'État dédommage Atosca à hauteur de 79 millions d'euros pour l'interruption du chantier, portant le budget total entre 400 et 500 millions d'euros, selon le ministère des Transports.

Juin 2026 : feu vert définitif de la justice

Les opposants à l'A69 rassemblés devant la mairie de Toulouse le 27 février 2025 ( AFP / Lionel BONAVENTURE )

Le Conseil d'État autorise "de manière définitive" la poursuite du chantier. LVEL commente: "dans un monde qui brûle, le déni climatique est décrété par la plus haute sphère du pouvoir juridique".

En septembre, le parquet de Toulouse annonce qu'Atosca devra payer plus de 860.000 euros pour avoir débordé sans autorisation du périmètre du chantier.

La préfecture du Tarn met en demeure Atosca de réduire ses émissions dans la fabrication du revêtement qui dépasse certains seuils autorisés. Mais la pose du macadam lancée en janvier est presque terminée.

Automne 2026 : ultime mobilisation des antis et embarras des pros

Lors d'un weekend baptisé la Dé-fête, plus d'un millier d'opposants se réunissent pour un baroud d'honneur conçu comme un hommage aux différents temps forts de la mobilisation.

Un avis du Conseil d'Etat pointant la fragilité juridique des subventions prévues pour faire baisser les prix du péage entraîne une hausse de ces prix, ce qui fait bondir les plus ardents partisans de l'A69 : un "fiasco", dit l'un d'eux, "insupportable", selon un autre.

Le prix d'un aller-retour Toulouse-Castres, parmi les plus élevés de France, sera de 20,40 euros, selon le Journal officiel, à la veille de la mise en service de l'A69 le 6 novembre.