Les funérailles de Mladic rassemblent des milliers de personnes et ravivent les blessures
information fournie par Reuters 07/09/2026 à 18:47

par Ivana Sekularac

Des milliers de personnes se sont rassemblées lundi à Belgrade pour les funérailles de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, décédé fin août alors qu'il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Une foule brandissant des drapeaux serbes et des photos de Ratko Mladic coiffé d'une casquette militaire traditionnelle serbe s'est rassemblée devant l'église d'une banlieue de Belgrade, où le chef de l'Église orthodoxe du pays, le patriarche serbe Porfirije, a présidé la cérémonie.

Le cercueil de Ratko Mladic, entouré de soldats en tenue de combat et accompagné d'une fanfare, a ensuite été porté en cortège dans les rues bondées de badauds qui scandaient son nom. L'ancien chef militaire a été inhumé dans un cimetière voisin aux côtés de sa fille, décédée en 1994.

Il s'agit de l'une des plus importantes funérailles publiques organisées en Serbie depuis la chute du communisme en 1990, preuve que Ratko Mladic restait très populaire dans le pays et en République serbe autonome de Bosnie bien qu'il ait été reconnu coupable d'avoir orchestré le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica, qui comptent parmi les épisodes les plus sanglants en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

"C'est un héros", a commenté Djordje, un homme de 34 ans venu de Prijepolje pour lui rendre hommage. "C'était un grand stratège militaire."

Ratko Mladic a été reconnu coupable de génocide par le Tribunal pénal international des Nations unies pour l'ex-Yougoslavie en raison de son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995, au cours duquel environ 8.000 hommes et garçons musulmans bosniaques ont été tués après l'invasion par les forces serbes de Bosnie de cette enclave déclarée comme "zone de sécurité" par l'Onu.

Il a également été condamné pour avoir dirigé le siège de Sarajevo, qui a duré 43 mois et au cours duquel environ 10.000 personnes ont été tuées.

"GLORIFICATION"

La commissaire européenne à l'Elargissement, Marta Kos, a reporté la semaine dernière sa visite en Serbie, pays candidat à l'Union européenne, en raison de ce qu'elle a qualifié de "glorification" de Ratko Mladic après sa mort, notamment en raison du rapatriement de son corps à bord d'un avion du gouvernement.

"Les conflits armés des Balkans occidentaux dans les années 1990 comptent parmi les moments les plus sombres de l'histoire récente de l'Europe", a souligné lundi un porte-parole de l'UE dans une déclaration.

"Toute glorification des criminels de guerre, tout déni de génocide et tout révisionnisme sont en contradiction avec les valeurs européennes les plus fondamentales et n'ont pas leur place au sein de l'UE ni dans les pays candidats à l'adhésion."

Le président serbe Aleksandar Vucic, qui avait rejeté la déclaration de Marta Kos la semaine dernière, n'a pas assisté aux funérailles. Son fils Danilo y était toutefois présent, aux côtés du ministre de la Défense, Bratislav Gasic, et de celui de la Justice, Nenad Vujic.

La mort de Ratko Mladic a ravivé les blessures liées à l'éclatement de la Yougoslavie et aux conflits ethniques qui s'en sont suivis dans les Balkans.

Les opérateurs de télécommunications de la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine ont bloqué le signal des deux chaînes de télévision serbes de Bosnie qui retransmettaient en direct les funérailles et le cortège funèbre.

Le ministre bosniaque des Affaires étrangères, Elmedin Konakovic, a déclaré que le pays allait retirer tout le personnel de son ambassade à Belgrade, à l'exception de l'ambassadeur et du consul, en signe de protestation contre la manière dont la Serbie a géré ces funérailles, avec notamment l'escorte militaire du cercueil et la présence de responsables gouvernementaux.

"C'est vraiment horrible que cela se passe là-bas (à Belgrade) car je sais qu'il y a des gens normaux qui s'y opposent", a déclaré Zdravka Gvozdjar, une pharmacienne à la retraite dont le fils de neuf ans a été tué pendant le siège de Sarajevo par une grenade lancée par les forces dirigées par Ratko Mladic.

"Mladic (...) méritait seulement d'être effacé à jamais de la mémoire collective, et non d'être (...) présenté comme un héros", a-t-elle ajouté. "On ne devrait se souvenir de lui que comme d'un boucher."

(Reportage Ivana Sekularac, avec Daria Sito-Sucic à Sarajevo, version française Benjamin Mallet)