Les frappes au Moyen-Orient compliquent l'équation de la BCE information fournie par Boursorama avec AFP 20/07/2026 à 08:18
La reprise des bombardements au Moyen-Orient et le rebond des prix de l'énergie brouillent les perspectives de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), qui doit décider jeudi de maintenir ou relever les taux d'intérêt.
L'institution de Francfort avait augmenté ses taux en juin, pour la première fois depuis 2023, afin de répondre à la poussée des prix mondiaux provoquée par le conflit. Un maintien jeudi est le scénario le plus probable, mais l'option d'une hausse surprise est aussi sur la table, selon des analystes interrogés par l'AFP.
Après l'accord de cessez-le-feu en avril entre Washington et Téhéran, puis le reflux progressif de l'inflation vers l'objectif de 2% de la BCE, un statu quo semblait acquis pour la réunion de politique monétaire.
Mais la reprise des bombardements américains de l'Iran et des attaques iraniennes dans la région, conjugués à la fermeture du détroit d'Ormuz, axe stratégique pour le transport mondial de pétrole, a entraîné une nouvelle hausse des cours de l'or noir.
La plupart des économistes estiment toutefois que la BCE devrait maintenir son taux de dépôt à 2,25%.
"Nous ne nous attendons à aucune modification des taux lors de cette réunion", estime auprès de l'AFP Felix Schmidt, économiste chez Berenberg, car le regain des prix de l'énergie est resté, à ce stade, relativement limité.
Carsten Brzeski, économiste chez ING, juge néanmoins qu'il y a "une petite chance que la BCE augmente" le taux.
La situation mouvante au Moyen-Orient devrait au moins raviver les débats au sein du Conseil des gouverneurs entre les partisans d'une politique monétaire plus stricte, les "faucons" plus favorables à une hausse, et les défenseurs d'une politique plus souple, les "colombes".
"Au lieu d'une réunion de répit estival, cette séance pourrait offrir un dernier affrontement entre faucons et colombes avant de mettre la crème solaire", résume M. Brzeski.
Des indications sur la suite
La BCE avait été le mois dernier la première grande banque centrale à relever ses taux après le déclenchement, fin février, de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.
La Banque du Japon lui avait emboîté le pas quelques jours plus tard en portant ses taux à leur plus haut niveau depuis 31 ans. La Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque d'Angleterre se sont jusqu’ici abstenues.
Ces trois institutions se réuniront à leur tour au cours de la dernière semaine de juillet.
La BCE pourrait aussi hésiter à agir de nouveau cette semaine en raison des critiques suscitées par sa hausse de taux de juin.
Certains observateurs avaient jugé cette décision prématurée, estimant qu'elle risquait de peser davantage sur les ménages et les entreprises d'une zone euro déjà confrontée à une croissance fragile.
Les responsables de la BCE devront en outre statuer sans disposer de nouvelles projections macroéconomiques, celles-ci n'étant publiées qu'une réunion sur deux. Les dernières prévisions ont été dévoilées en juin.
Les marchés scruteront surtout les déclarations de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, lors de sa conférence de presse, dans l'espoir d'obtenir des indications sur l'évolution future des taux, même si elle se montre généralement très prudente sur ce sujet.
Elle devrait également être interrogée sur son avenir à la tête de l'institution, après avoir déclaré dans un entretien publié ce mois-ci qu'elle n'excluait pas de quitter ses fonctions afin de porter "une voix européenne" pour l'élection présidentielle française de l'an prochain.
Si certains économistes anticipent encore une nouvelle hausse des taux en septembre, à la rentrée des responsables monétaires, d’autres jugent les perspectives plus incertaines.
"Il peut se passer énormément de choses en huit semaines", souligne Felix Schmidt.