Les forces maliennes et leurs alliés russes ont tué des dizaines de civils lors de frappes de drones - rapport information fournie par Reuters 19/10/2026 à 13:11
Les forces armées maliennes et leurs auxiliaires russes ont recouru à des frappes de drones "apparemment aveugles" et commis d'autres exactions dans le cadre d'une offensive menée ces derniers mois contre les insurgés, qui a coûté la vie à de nombreux civils, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié lundi.
Les frappes de drones et les pertes civiles qui en ont résulté ont plus que doublé entre avril et août, par rapport à la même période l'année dernière, précise le rapport en citant des données de l’ACLED.
Ces frappes ont été menées en représailles aux attaques lancées à l’échelle nationale par la branche régionale d’Al-Qaïda, connue sous le nom de JNIM, et par des séparatistes dirigés par les Touaregs.
Les attaques des insurgés lancées le 25 avril ont coûté la vie au ministre malien de la Défense et touché plusieurs villes ainsi que le principal aéroport de Bamako, soulignant les difficultés du gouvernement à améliorer la sécurité dans ce pays enclavé d'Afrique de l’Ouest .
Les chefs militaires maliens, qui ont pris le pouvoir à la suite de coups d’État en 2020 et 2021, se sont tournés vers la Russie pour obtenir du soutien dans leur lutte contre les insurgés et ont fait appel au groupe paramilitaire russe Africa Corps pour riposter aux attaques d’avril.
Les données de l'observatoire américain des conflits ACLED ont montré que les forces maliennes et l'Africa Corps avaient mené 47 frappes de drones ayant causé la mort de 94 civils entre avril et août, contre 22 frappes et 44 victimes civiles un an plus tôt.
DES FRAPPES ONT VISÉ UN MARCHÉ AUX BÉTAIL ET UN CENTRE DE SANTÉ, SELON UN RAPPORT
Certains des incidents mentionnés dans le rapport étaient des "frappes de drones apparemment aveugles", notamment une frappe du 19 août contre un marché aux bestiaux dans la région de Bandiagara, au centre du Mali, qui a tué six hommes.
Une autre frappe avait été menée avant l’aube le 29 juillet contre un centre de santé dans la région de Kidal, au nord du pays, près de la frontière algérienne, a indiqué Human Rights Watch.
Le rapport fait également état d'exactions n'impliquant pas de drones, notamment un incident survenu le 12 juillet dans la région de Ségou, au cours duquel des soldats auraient abattu cinq jeunes filles qu'ils avaient prises pour des assaillantes.
Un porte-parole de l’armée malienne n’a pas répondu à une demande de commentaire. Human Rights Watch a dit n’avoir reçu aucune réponse à une lettre envoyée le 5 août au nouveau ministre malien de la Défense, qui détaillait les conclusions de l’organisation.
Le Mali a déjà nié avoir tué des civils lors d’opérations de lutte contre l’insurrection.
L'ambassade de Russie à Bamako n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaires concernant l'implication de l'Africa Corps.
Le rapport de Human Rights Watch a également documenté des exactions commises par le JNIM et les séparatistes touaregs, notamment l’exécution de 19 soldats dans la région de Gao, au nord du pays, en juillet.
Le Comité de la charia du JNIM a déclaré à HRW que ces meurtres "avaient bel et bien eu lieu", mais a nié en avoir donné l’ordre, affirmant que "ce n’est pas notre politique de faire de telles choses".
Le Front de libération de l’Azawad, dirigé par les Touaregs, a nié avoir exécuté des soldats.
(Par Robbie Corey-Boulet; Version française Matthieu Huchet, édité par Benoit Van Overstraeten)