Les forces américaines se retirent d'Irak, l'Iran et l'EI en embuscade
information fournie par Reuters 30/09/2026 à 06:57

par Ahmed Rasheed et Muayad Hameed

BAGDAD, 30 septembre - Les forces américaines se retirent ce mercredi de leurs dernières bases en Irak, un départ qui risque de laisser le champ libre à l'Iran et à ses appuis chiites dans le pays et qu'elles ne donnent au groupe Etat islamique (EI), en pleine résurgence, l'occasion de se regrouper.

Le président américain Donald Trump a décidé de mener à bien ce retrait, décidé en 2024 par son prédécesseur Joe Biden, quand bien même il a déclenché avec Israël un nouveau conflit contre l'Iran en février dernier.

Le Corps des gardiens de la révolution iraniens a appelé les Américains à voter contre les alliés de Donald Trump au Congrès lors des élections de mi-mandat qui se tiendront le 3 novembre prochain.

Si le départ des forces américaines est largement plébiscité par les Irakiens, certains craignent que les forces de sécurité formées et financées par les Etats-Unis ne soient toujours pas en mesure de protéger le pays.

"La leçon à tirer des deux dernières décennies est que les vides de sécurité peuvent être extrêmement dangereux", a déclaré Djassim al Bahadli, spécialiste des mouvements armés chiites alignés sur l'Iran.

Les Etats-Unis ont envahi l'Irak en 2003 pour renverser le dirigeant sunnite Saddam Hussein, puis ont occupé le pays, installé un gouvernement à dominante chiite et combattu pendant des années une rébellion de mouvements armés disparates, mais essentiellement djihadistes, avant de se retirer une première fois en 2011.

Ils ont été contraints de revenir seulement trois ans plus tard pour aider les forces irakiennes à vaincre l'organisation sunnite Etat islamique entre 2014 et 2017.

Environ deux fois plus d'Américains sont morts dans l'opération "Iraqi Freedom" que dans la guerre lancée parallèlement en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, qui s'est achevée de manière abrupte avec un retrait des forces américaines en 2021.

L'IRAN ET SES ALLIÉS SONT LES VAINQUEURS

L'Iran, qui affirme que son objectif ultime est de forcer les forces américaines à quitter l'ensemble du Moyen-Orient, présente le retrait américain d'Irak comme un triomphe pour son "axe de la résistance", composé de groupes armés qui lui sont alliés à travers la région.

"Ce qui est encore plus préoccupant, ce n'est pas nécessairement une intervention iranienne directe, mais la possibilité que les groupes alliés à l'Iran se sentent de plus en plus forts en l'absence d'une présence militaire occidentale", a déclaré Ahmed Younis, analyste politique basé à Bagdad. "Ces groupes pourraient tenter d'étendre leur rôle dans l'élaboration des politiques d'Etat et de consolider leur présence au sein d'institutions clés".

Certains responsables de la sécurité en Irak, aussi bien au niveau du gouvernement fédéral que dans la région semi-autonome kurde dans le nord du pays, perçoivent un autre risque au retrait américain: le réveil des combattants de l'Etat islamique, qui, malgré la défaite de leur califat autoproclamé il y a près de 10 ans, entretiennent un réseau de cellules dormantes.

Au faîte de son expansion, l'EI contrôlait un tiers du territoire irakien et soumettait ou tuait les populations jugées impies.

En l'absence de renseignement, d'appui logistique et de drones fournis par les Etats-Unis, il aura l'occasion de reconstituer ses forces, prédit le chef militaire kurde Sirouane Barzani.

"La question la plus importante aujourd'hui est de savoir si les institutions sécuritaires irakiennes ont préparé un plan B viable pour la phase post-coalition", a déclaré le général à la retraite de l'armée irakienne Mohammed al Djoubouri, qui a dirigé une brigade lors de la guerre contre l'Etat islamique.

"L'un des pires scénarios serait que l'Etat islamique se procure des drones armés ou des drones équipés d’engins explosifs improvisés, alors que l'Irak ne dispose toujours pas de capacités de défense aérienne suffisantes pour contrer efficacement de telles menaces."

(Rédigé par Michael Georgy; version française Camille Raynaud)