Les Européens évaluent leur réponse au "chantage" de Trump sur le Groenland, un sommet jeudi
information fournie par Reuters 19/01/2026 à 16:28

Le député français de La République en Marche Roland Lescure assiste au vote pour élire le nouveau président de l'Assemblée nationale à Paris

Les Européens s'employaient lundi à forger une réponse commune au "chantage" du président américain Donald Trump qui a menacé de droits de douane supplémentaires huit pays européens, dont la France, jusqu'à ce que les Etats-Unis soient autorisés à racheter le Groenland.

"Nous, Européens, devons ‍être clairs : nous avons atteint nos limites", a affirmé lundi le ministre allemand de l'Economie Lars Klingbeil lors d'une conférence de presse avec son homologue français Roland Lescure à Berlin.

"Nous tendons la main, mais nous ne sommes pas prêts à céder au chantage", a-t-il ajouté, précisant que l'Europe donnerait une "réponse claire et unanime".

"Nous préparons actuellement des contre-mesures concertées."

A ‌Bruxelles, le porte-parole adjoint de la Commission européenne a confirmé que des consultations "intensives" étaient en cours entre les Etats membres avec l'objectif de tout mettre en oeuvre "pour protéger les intérêts" de l'Union européenne (UE).

Olof Gill a dit aux journalistes que l'UE restait engagée "à tous les niveaux" avec les Etats-Unis sur la question du ​Groenland, mais qu'il n'y avait pour l'heure pas de rencontre prévue entre le président américain Donald Trump et la présidence de la Commission européenne, Ursula von ⁠der Leyen, en marge du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, qui s'est ouvert lundi.

"Nous ne souhaitons pas cette escalade. Nous ne voulons pas d'un conflit commercial avec les États-Unis", a déclaré lundi le chancelier allemand Friedrich Merz lors d'une conférence de presse. "Mais si ⁠nous sommes confrontés à des droits de douane que nous jugeons ‍déraisonnables, nous sommes capables de réagir."

Selon un diplomate européen, l'UE pourrait décider d'appliquer des droits de douane sur des produits ⁠américains d'une valeur de 93 milliards d'euros dès le 6 février en l'absence d'accord.

Une autre option serait celle de l'activation de l'instrument anti-coercition (ACI) de l'UE, qui n'a jusqu'à présent jamais été utilisé.

Ce dispositif pourrait limiter l'accès aux marchés publics, aux investissements ou aux activités bancaires, ou encore restreindre les échanges de services, notamment dans les services numériques, secteur ​où les États-Unis affichent un excédent avec l'UE.

SOMMET EXTRAORDINAIRE JEUDI

"La France souhaite qu'on puisse examiner cette possibilité, en espérant évidemment que la dissuasion l'emporte et que le président Trump revienne à une relation, je dirais plus franche, certes, mais amicale et de négociation, plutôt qu'une relation fondée sur la menace et le chantage", a déclaré Roland Lescure.

Un ⁠sommet extraordinaire des dirigeants de l'UE sur les relations transatlantiques sera convoqué jeudi, a confirmé Olof Gill. Il n'y aucune volonté d'"escalade", a-t-il souligné, mais ​celle d'une réponse "ferme et responsable".

"Nous devons réagir vite et nous devons réagir bien. Nous devons réagir de manière importante ​pour que, je l'espère, le type d'annonces ​qui ont été faites ces dernières heures puissent n'être que des annonces et finalement pas suivies d'actes", a souligné le ministre français de l'Economie.

Ce dernier a précisé que le ​G7 Finances, dont il assure cette année la co-présidence avec le gouverneur de la Banque ⁠de France François Villeroy de Galhau, allait aussi discuter de ce sujet lors d'une réunion "dans les jours qui viennent".

La Haute représentante aux Affaires étrangères de l'UE Kaja Kallas doit pour sa part rencontrer dans la journée à Bruxelles le ministre de la Défense danois Troels Lund Poulsen et la ministre des Affaires étrangères du Groenland Vivian Motzfeldt.

Des discussions doivent aussi se tenir à Davos, en marge du Forum économique mondial, entre des conseillers à la sécurité nationale de plusieurs pays, ont indiqué des sources diplomatiques.

En France, le président Emmanuel Macron ‌a convoqué un nouveau conseil de sécurité et de défense nationale sur les questions internationales.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, dont le pays est aussi visé par les menaces douanières de Donald Trump, a pour sa part appelé lundi à un dialogue apaisé sur la question du Groenland.

"Les droits de douane ne doivent pas être utilisés contre les alliés de cette manière", a-t-il dit lors d'une conférence de presse convoquée en urgence.

"Une guerre commerciale n'est dans l'intérêt de personne, et nous n'en sommes pas encore là."

(Rédigé Maria Martinez et Leigh Thomas, avec Alessandro Parodi et Dominique Vidalon, Elizabeth Piper, William James et Alistair Smout à Londres, Kate Entriger et Elizabeth Pineau à Paris, version française ‌Blandine Hénault, édité par Sophie Louet et Augustin Turpin)